Interview
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Pourquoi le choix de la vie consacrée?

La vie consacrée présente bien des visages, bien des grâces au service de l’Église. Elle prend la forme de la vie religieuse ou de la consécration laïque dans le monde : moines et moniales, religieuses et religieux apostoliques et laïcs consacrés.

Suivez l’interview.



(Le service de l’autorité et l’obéissance – Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique)


« Afin que, libérés, nous puissions le servir dans la sainteté et la justice » (cf. Lc 1,74-75)

4. Aux premiers disciples qui, peut-être encore indécis et hésitants, se mettent à la suite d’un nouveau Rabbi, le Seigneur demande: « Qui cherchez-vous? » (Jn 1,38). Dans cette question, nous pouvons lire d’autres questions radicales : que cherche ton cœur ? Pour quoi te tourmentes-tu? Te cherches-tu toi-même ou bien cherches-tu le Seigneur ton Dieu? Poursuis-tu tes désirs ou bien le désir de Celui qui a fait ton cœur et veut le réaliser comme il le sait et le connaît? Cours-tu uniquement après les choses qui passent ou bien cherches-tu Celui qui ne passe pas? « Seigneur Dieu, dans cette terre de dissemblance de quoi devons-nous nous occuper? Du lever au coucher du soleil je vois le genre humain en prise aux tourbillons de ce monde ; les uns recherchent les richesses, d’autres les honneurs, d’autres encore se laissent séduire par la renommée », observait saint Bernard.10


« C’est ta face, Seigneur, que je cherche» (Ps 26,8), telle est la réponse de qui a compris l’unicité et l’infinie grandeur du mystère de Dieu et la souveraineté de sa sainte volonté; mais c’est aussi la réponse, même implicite et confuse, de toute créature humaine en quête de vérité et de bonheur. Quaerere Deum a été de tout temps le programme de toute existence assoiffée d’absolu et d’éternité. Beaucoup ont tendance aujourd’hui à juger humiliante une quelconque forme de dépendance ; mais cela fait partie du statut même de créature d’être dépendant d’un Autre et, en tant qu’être en relation, d’être aussi dépendant des autres.

Le croyant cherche le Dieu vivant et vrai, le Commencement et la Fin de toute chose, le Dieu non pas fait à sa propre image et à sa propre ressemblance, mais le Dieu qui nous a faits à son image et à sa ressemblance, le Dieu qui manifeste sa volonté, qui indique les voies pour le rejoindre : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices » (Ps 15,11). Chercher la volonté de Dieu signifie chercher une volonté amie, bienveillante, qui veut notre réalisation, qui désire surtout la libre réponse d’amour à son amour, pour faire de nous des instruments de l’amour divin. C’est dans cette via amoris que s’épanouit la fleur de l’écoute et de l’obéissance.


L’obéissance comme écoute

5. « Écoute, mon fils » (Pr 1,8). L’obéissance est avant tout attitude filiale. C’est ce genre particulier d’écoute que seul le fils peut prêter à son père, parce qu’illuminé par la certitude que son père n’a que des choses bonnes à dire et à donner à son fils ; une écoute imprégnée de la confiance qui rend le fils accueillant à la volonté du père, assuré qu’elle sera pour son bien.

Cela est infiniment plus vrai quant il s’agit de Dieu. En effet, nous parvenons à notre plénitude uniquement dans la mesure où nous nous inscrivons dans le dessein par lequel il nous a conçus avec un amour de Père. L’obéissance est donc l’unique voie dont dispose la personne humaine, être intelligent et libre, pour se réaliser pleinement. En effet, quand elle dit “non” à Dieu, la personne humaine compromet le projet divin, se rabaisse elle-même et se voue à l’échec.


L’obéissance à Dieu est chemin de croissance et donc de liberté de la personne, parce qu’elle consent à accueillir un projet ou une volonté différente de la sienne qui non seulement n’humilie pas ou n’abaisse pas, mais fonde la dignité humaine. En même temps, la liberté est aussi en soi un chemin d’obéissance parce que c’est en obéissant comme un fils au projet du Père que le croyant réalise son être libre. Il est évident qu’une telle obéissance exige de se reconnaître comme fils et de se réjouir d’être fils, parce que seuls un fils et une fille peuvent se remettre librement dans les mains du Père, exactement comme le Fils-Jésus, qui s’est abandonné au Père. Et si dans sa Passion, il s’est aussi livré à Judas, aux grands prêtres, à ceux qui l’ont flagellé, à la foule hostile et à ceux qui l’ont crucifié, c’est parce qu’il était absolument certain que toute chose trouvait sa signification dans la fidélité totale au dessein de salut voulu par le Père, auquel – comme nous le rappelle saint Bernard – « ce ne fut pas la mort qui a plu, mais la volonté de celui qui mourait de son plein gré ».11


« Écoute, Israël »
(Dt 6,4)

6. Fils, pour le Seigneur Dieu, c’est Israël, le peuple qu’il s’est choisi, qu’il a engendré, qu’il a fait grandir en le tenant par la main, qu’il a porté jusqu’à son visage, à qui il a enseigné à marcher (cf. Os 11,1-4), à qui – comme très grande expression d’affection – il a adressé en permanence sa Parole, même si ce peuple ne l’a pas toujours écoutée, ou l’a vécue comme un poids, comme une « loi ». Tout l’Ancien Testament est une invitation à l’écoute, et l’écoute est une fonction de l’alliance nouvelle, quand, dit le Seigneur, « je mettrai mes lois dans leur pensée ; je les inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (He 8,10 ; cf. Jr 31,33).


À l’écoute suit l’obéissance comme réponse libre et libératrice du nouvel Israël à la proposition du nouveau pacte ; l’obéissance fait partie de la nouvelle alliance, plus encore elle en est la caractéristique distinctive. Il en résulte qu’elle peut être comprise en totalité uniquement au sein de la logique d’amour, d’intimité avec Dieu, d’appartenance définitive à Dieu qui rend finalement libres.


L’obéissance à la Parole de Dieu

7. La première obéissance de la créature est celle de venir à l’existence, en accomplissement du fiat divin qui l’appelle à être. Une telle obéissance atteint sa pleine expression dans la créature libre de se reconnaître et de s’accepter comme don du Créateur, de dire “oui” au fait que l’on vient de Dieu. De cette façon, elle accomplit le premier et véritable acte de liberté, qui est aussi le premier acte fondamental d’authentique obéissance.

L’obéissance de la personne croyante est aussi l’adhésion à la Parole par laquelle Dieu se révèle et se communique lui-même, et à travers laquelle il renouvelle chaque jour son alliance d’amour. De cette Parole a jailli la vie qui, chaque jour, continue à être transmise. C’est pourquoi, la personne croyante recherche chaque matin le contact vivant et constant avec la Parole qui en ce jour-là est proclamée, la méditant et la gardant dans son cœur comme un trésor, en en faisant la racine de toute action et le critère premier de tout choix. Et, à la fin de la journée, elle se replace devant cette Parole, louant Dieu comme Siméon pour avoir vu se réaliser la Parole éternelle dans les petits faits de son quotidien (cf. Lc 2,27-32), et s’en remettant à la force de la Parole pour ce qui demeure encore inachevé. En effet, la Parole n’agit pas uniquement de jour, mais toujours, comme l’enseigne le Seigneur dans la parabole du grain qui pousse tout seul (cf. Mc 4,26-27).


L’amoureuse fréquentation quotidienne de la Parole enseigne à découvrir les chemins de la vie et les modalités à travers lesquels Dieu veut libérer ses fils ; elle nourrit l’instinct spirituel pour les choses qui plaisent à Dieu ; elle transmet le sens et le goût de sa volonté ; elle donne la paix et la joie de lui rester fidèles, rendant sensibles et prêts à toutes les expressions de l’obéissance : à l’Évangile (Rm 10,6 ; 2 Th 1,8), à la foi (Rm 1,5 ; 16,26), à la vérité (Ga 5,7 ; 1 P 1,22).


Nous ne devons cependant pas oublier que l’expérience authentique de Dieu reste toujours expérience d’altérité. «Aussi grande que puisse être la ressemblance constatée entre le Créateur et la créature, la dissemblance est toujours plus grande entre eux ».12 Les mystiques et tous ceux qui ont goûté à l’intimité avec Dieu se souviennent que le contact avec le Mystère souverain est toujours contact avec l’Autre, avec une volonté qui parfois est dramatiquement différente de la nôtre. Obéir à Dieu signifie en fait entrer dans un ordre de valeurs “autre”, saisir un sens nouveau et différent de la réalité, faire l’expérience d’une liberté imprévisible, atteindre le seuil du mystère : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55,8-9).


Si cette entrée dans le monde de Dieu peut inspirer de la crainte, une telle expérience, à l’exemple des saints, peut montrer que ce qui pour l’homme est impossible est rendu possible par Dieu ; ainsi cette expérience devient obéissance authentique au Mystère d’un Dieu qui est, en même temps, « interior intimo meo » 13 et radicalement autre.

Source: Vaticano



(Exhortation Apostolique Post-Synodale Vita Consecrata de Sa Sainteté Jean-Paul II)

32. Dans cet ensemble harmonieux de dons, chacun des états de vie fondamentaux reçoit la tâche d’exprimer, dans son ordre, l’une ou l’autre des dimensions de l’unique mystère du Christ. Si la vie laïque a une mission spécifique pour faire entendre l’annonce évangélique dans les réalités temporelles, ceux qui sont institués dans les Ordres sacrés, spécialement les Évêques, exercent un ministère irremplaçable dans le cadre de la communion ecclésiale. Les Évêques ont le devoir de guider le Peuple de Dieu par l’enseignement de la Parole, l’administration des sacrements et l’exercice des pouvoirs sacrés au service de la communion ecclésiale, qui est une communion organique, hiérarchiquement ordonnée.

Dans l’Église, en ce qui concerne sa mission de manifester la sainteté, il faut reconnaître que la vie consacrée se situe objectivement à un niveau d’excellence, car elle reflète la manière même dont le Christ a vécu. C’est pourquoi il y a en elle une manifestation particulièrement riche des biens évangéliques et une mise en œuvre plus complète de la finalité de l’Église, qui est la sanctification de l’humanité. La vie consacrée annonce et anticipe en quelque sorte le temps à venir, dans lequel, une fois survenue la plénitude du Royaume des cieux qui est déjà présent maintenant en germe et dans le mystère,les fils de la Résurrection ne prendront plus ni femme ni mari, mais seront comme des anges de Dieu (cf. Mt 22,30).

En effet, l’excellence de la chasteté parfaite pour le Royaume,considérée à bon droit comme la « porte » de toute la vie consacrée,fait partie de l’enseignement constant de l’Église. Par ailleurs, l’Église porte une grande estime à la vocation au mariage, dans laquelle les époux « sont témoins et coopérateurs de la fécondité de la Mère Église, en signe et en participation de l’amour dont le Christ a aimé son Épouse et s’est livré pour elle ».

Dans cette perspective commune à toute la vie consacrée, on peut distinguer des voies différentes mais complémentaires. Les religieux et les religieuses entièrement consacrés à la contemplation sont de manière spéciale des images du Christ qui s’adonne à la contemplation sur la montagne. Les personnes consacrées de vie active le représentent tandis qu’il « annonce aux foules le Royaume de Dieu, ou qu’il guérit les malades et les blessés, ou qu’il amène les pécheurs à se tourner vers le bien, ou qu’il bénit les enfants et fait du bien à tous ». Les personnes consacrées dans les Instituts séculiers servent à leur manière propre l’avènement du Royaume de Dieu; elles font une synthèse spécifique des valeurs de la consécration et de celles de la sécularité. En vivant leur consécration dans le siècle et à partir du siècle,elles « s’efforcent [...] d’imprégner toutes choses d’esprit évangélique pour fortifier et développer le Corps du Christ ».À cette fin, elles participent à la tâche d’évangélisation de l’Église par le témoignage personnel d’une vie chrétienne, par leurs engagements qui ont pour but d’ordonner les réalités temporelles selon Dieu, par leur coopération selon leur propre mode de vie séculier au service de la communauté ecclésiale.

Témoigner de l’Évangile des Béatitudes

33. Une fonction particulière de la vie consacrée est de maintenir vive chez les baptisés la conscience des valeurs fondamentales de l’Évangile, en rendant « le témoignage éclatant et éminent que le monde ne peut être transfiguré et offert à Dieu sans l’esprit des Béatitudes ».Ainsi, la vie consacrée rend continuellement présente dans la conscience du peuple de Dieu l’exigence de répondre par la sainteté de la vie à l’amour de Dieu répandu dans les cœurs par l’Esprit Saint (cf. Rm 5,5), en reflétant dans le comportement la consécration sacramentelle que Dieu opère par le Baptême, par la Confirmation ou par l’Ordre. Il convient, en effet, de passer de la sainteté conférée par les sacrements à la sainteté de la vie quotidienne. La vie consacrée, de par son existence même dans l’Église, se met au service de la consécration de la vie de tous les fidèles, laïcs et clercs.

D’autre part, on ne doit pas oublier que le témoignage propre des autres vocations apporte aussi aux consacrés un soutien pour vivre intégralement leur adhésion au mystère du Christ et de l’Église dans ses multiples dimensions. En vertu de cet enrichissement réciproque, la mission de la vie consacrée devient plus éloquente et plus efficace: montrer aux autres frères et sœurs, en gardant les yeux fixés sur la paix future, le but qui est la béatitude définitive auprès de Dieu.

L’image expressive de l’Église-Épouse

34. La signification sponsale de la vie consacrée prend un relief particulier, car elle évoque la nécessité pour l’Église de vivre pleinement et exclusivement vouée à son Époux dont elle reçoit tout bien. Dans cette dimension sponsale, propre à toute la vie consacrée, c’est surtout la femme qui se retrouve spécialement elle-même, y découvrant en quelque sorte la valeur propre de sa relation avec le Seigneur.

À ce sujet, il y a dans le Nouveau Testament une page très suggestive qui présente Marie avec les Apôtres au Cénacle, dans l’attente priante de l’Esprit Saint (cf. Ac 1,13-14). On peut y voir une image expressive de l’Église-Épouse, attentive aux signes venant de l’Époux et prête à l’accueillir comme un don. Chez Pierre et chez les autres Apôtres apparaît surtout la dimension de la fécondité, telle qu’elle se traduit dans le ministère ecclésial, qui se fait l’instrument de l’Esprit pour engendrer de nouveaux fils en dispensant la Parole, en célébrant les Sacrements et en conduisant l’action pastorale. En Marie est particulièrement vive la dimension d’accueil sponsal, par lequel l’Église fait fructifier en elle la vie divine par son amour virginal et total.

La vie consacrée a toujours été située de manière privilégiée aux côtés de Marie, la Vierge épouse. De cet amour virginal résulte une fécondité particulière, qui contribue à la naissance et à la croissance de la vie divine dans les cœurs. La personne consacrée, sur les traces de Marie, nouvelle Ève, réalise sa fécondité spirituelle en se faisant accueillante à la Parole, pour coopérer à la construction de l’humanité nouvelle par son dévouement inconditionnel et par son vivant témoignage. L’Église manifeste ainsi pleinement sa maternité par la communication de l’action divine, confiée à Pierre, et par l’accueil responsable du don divin, caractéristique de Marie.

Pour sa part, le peuple chrétien trouve dans le ministère ordonné les moyens du salut, dans la vie consacrée un stimulant pour être pleinement disponible par amour à toutes les formes de diaconie.

Source: Vaticano