(Texte de l’homélie donnée par monseigneur Dominique Rey, en la solennité de saint Pierre et saint Paul, à l’occasion de la célébration des ordinations diaconales et presbytérales, le 29 juin 2008)

Frères et sœurs,

J’ai ouvert cette célébration par un geste devenu banal, tant on s’est accoutumé à la liturgie, un geste pourtant si symbolique de ce qui est en jeu dans cette cérémonie d’ordination. J’ai baisé l’autel, cet autel que je vais encenser dans quelques minutes, au moment de l’offertoire.

Cet autel se rapporte à 3 événements qui sont au cœur de toute vie chrétienne, qui est une vie de ressuscité.

L’autel est d’abord la table du repas pascal autour de Jésus. Il nous rappelle le Jeudi Saint. L’autel est aussi la table du sacrifice, le signe de la Croix du Christ. Il nous rappelle le Vendredi Saint. L’autel représente enfin le tombeau vide. L’humble attestation de la victoire du Ressuscité. Il évoque bien sûr le matin de Pâques. En baisant l’autel le prêtre – ou le diacre – souligne qu’il est l’homme du Jeudi Saint, du Vendredi Saint et du matin de Pâques. De la célébration de la Pâque à la Cène, en passant par la consommation au Golgotha, jusqu’au témoignage de la résurrection, l’autel rend compte ainsi de la triple identité du ministère presbytéral et diaconal.
D’abord le prêtre (ou le diacre) est l’homme de la communion

La sainte Cène est le rendez-vous de l’amitié avec le Christ. “Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis” dit Jésus au moment de laver les pieds des apôtres. Je me souviens de cette confidence reçue d’un prêtre : J’ai vécu une vraie conversion après une adolescence chaotique. Et mon premier appel se rapporte à ces deux questions que le Christ m’a posé au fond de mon cœur au cours d’une retraite. D’abord : ’Veux-tu m’aimer ?” (car Dieu s’est mis en souci d’avoir besoin de notre amour) Ensuite : “Veux-tu me faire aimer ?” Deux questions qui interpellent la liberté de celui à qui elles s’adressent. Deux questions de nature à retourner une existence. Deux questions posées à l’intérieur d’une amitié nouée avec le Christ.”

“Tu vois, un prêtre, c’est un ami de Jésus” disait encore cette mère de famille à son petit enfant, sans se douter de la profondeur de la définition. Dieu aime ceux à qui il peut donner le plus. Cette amitié avec le Christ est réaffirmée à chaque messe. L’invitation au mémorial que Jésus nous adresse (”Faites ceci en mémoire de moi”) exprime la nécessité que cette amitié retrouve sans cesse la source de son premier jaillissement, à la Cène, au jour de cette première messe que fut la célébration d’une Alliance nouvelle et définitive.

L’amitié avec le Christ (du prêtre ou du diacre) comporte 3 traits :
- D’abord la gratuité. Dieu ne nous aime pas parce nous sommes “aimables” ou les meilleurs des hommes, mais parce que nous sommes ses enfants. Son amour n’a pas d’autre raison que lui-même. il est sans arrière pensée et sans calcul. Je pense à l’histoire de cette femme qui aborde le prêtre au sortir de la messe :
- “Mon Père, je voudrais vous parler de la situation personnelle très préoccupante de Mme Martin, votre paroissienne. Il faut absolument faire quelque chose pour elle. Cette femme a trois enfants à charge, son compagnon l’a quittée, sa situation économique est alarmante.” Le curé demande alors à cette femme :
- “Mais quelle est donc sa situation matérielle ?”
- Mon Père, répond la femme, Mme Martin est criblée de dettes. Elle a un arriéré de 3 mois de loyers impayés qui s’élève à 4000 euros !
- Bon je vais en parler au Secours catholique et le signaler aux Conférences Saint Vincent de Paul. ”

Et le prêtre ajoute :

- “Mais vous-même, vous semblez bien connaître Mme Martin. Vous êtes sa voisine ? Sa cousine ? Une amie proche ?
- Non, mon Père, je suis sa propriétaire !”

Jésus, lui, nous a aimés gratuitement

- L’amitié procède également d’une proximité. En Marc chapitre 3 “Il en choisit 12 pour être “avec lui”. “Etre avec” signifie que la vie de chaque apôtre ne pouvait se concevoir en dehors du Christ.

Tous, qui que nous soyons, nous avons besoin d’un être qui nous permette de réaliser ce dont nous sommes capables. C’est le propre de l’amitié. Mais avec Jésus, l’amitié est portée à un point extrême de transformation. Il nous rend capable, lui, de faire ce que nous sommes incapables de faire par nous-mêmes. De dire par exemple “Ceci est mon corps” en brandissant l’hostie, de prononcer le pardon de Dieu “tes péchés sont pardonnés” à tout pénitent repenti.

- L’amitié du Christ a pour horizon la communion universelle. Sa surabondance va jusqu’au bout du monde. La table de communion dressée le Jeudi Saint est ouverte à d’autres convives. “Quand tu donnes un festin, nous redit l’évangile de Luc, invite les pauvres, les estropiés, les boîteux, les aveugles, et tu seras heureux parce qu’ils n’ont pas de quoi te rendre !” (Luc 14, 13)

La mission presse le prêtre (ou le diacre) d’inviter aux noces de l’Agneau ceux qui le boudent ou s’y sentent étrangers. Tel est l’horizon eschatologique de tout ministère : inviter nos contemporains à entrer en amitié avec le Christ jusqu’à partager, un jour avec tous, le pain de vie et le vin nouveau de l’Alliance éternelle. La joie du prêtre (ou du diacre) c’est de communiquer sans cesse son amitié avec le Christ, en nouant une amitié avec chacun.
Le prêtre est aussi l’homme du Vendredi Saint

Il rend présent sur l’autel le sacrifice du Christ à chaque eucharistie. Etre ordonné prêtre (ou diacre), c’est embrasser la Croix du Christ. C’est ce que souligne le rite du baiser de l’autel. La sainteté du prêtre (ou du diacre) le convoque au Calvaire. Il trouve “sa fierté dans la Croix de Notre Seigneur Jésus Christ” (Galates 6, 14) (jusqu’à “achever dans son corps ce qui manque aux épreuves du Christ” Colossiens 1, 24)

Oui, quand Jésus vient dans la vie de quelqu’un, il n’arrive pas les mains vides. Il n’arrive pas sans emporter sa Croix. Ce qui faisait dire à Thérèse d’Avila : “Seigneur, je comprends que vous ayez si peu d’amis, avec le sort que vous leur réservez”. Nous rêvons souvent d’un christianisme sans nuage, sans crise, sans croix (en tout cas, qui les ferait disparaître), comme cet enfant dont j’entendis un jour la prière : “Seigneur, je voudrais te suivre jusqu’au bout, jusqu’au martyre…mais sans les clous !”
- N’oublions pas que nous sommes les disciples d’un maître crucifié ! “Je n’ai rien voulu, sinon Jésus, et Jésus crucifié” (1 Corinthiens 2,1) confiera l’apôtre Paul pour résumer son attachement au Christ. Ne rêvons pas d’un christianisme amidonné ! Notre tentation, comme Pierre au cours de la Passion, est de refuser la Croix, de vouloir nous sauver autrement que par elle.

Toute vie sacerdotale, toute vie chrétienne, parce que c’est une vie donnée, nous plonge dans un combat qui est en réalité celui du Christ dans sa Passion : “Fixée en un point unique, la Croix rayonne dans toutes les directions” (Grégoire de Nysse).

- D’où un combat avec soi-même. Tout prêtre (tout diacre) subit les tentations de tout baptisé. Toute vie chrétienne porte l’exigence interne d’une conversion, que l’apôtre Paul définit en ces termes : “Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi !”

- D’où un combat dans le ministère, alors que tant d’hommes et de femmes, de jeunes, jettent un regard de suspicion, d’indifférence, parfois de mépris sur l’intérêt de notre apostolat (”Vous êtes députés aux choses sans importance”, me répondait récemment le père d’un enfant confirmé).
- D’où les combats, en raison de nos choix de vie, en particulier le célibat ou le non exercice d’une vie professionnelle alors que nous nous trouvons placés dans un contexte érotisé et hédoniste, avec la marchandisation croissante des relations humaines.
- D’où les combats, parce que notre ministère nous positionne délibérément sur les lieux de crise et de fracture humaine, lorsque l’impasse en laquelle se trouve placé nos contemporains, les ouvre paradoxalement à la question de Dieu.

Au pied de la Croix, se trouvait le disciple bien aimé. Il s’était penché sur la poitrine du Maître au soir de la trahison. Le disciple bien aimé est une figure sacerdotale. Il recueille au cours de la Passion du Christ, le témoignage d’une vie nouvelle qui jaillit du côté transpercé. Il nous fait comprendre la fécondité de tout sacrifice accompli dans l’amour, de toute vie offerte à la suite du Christ. C’est sans doute en le contemplant, que le saint curé d’Ars définissait le sacerdoce : “le sacerdoce, écrivait-il, c’est l’amour du cœur de Jésus”. J’ai fêté il y a peu, les 70 ans d’anniversaire de la profession religieuse d’un prêtre du diocèse, aujourd’hui âgé de 90 ans ! Il me raconta sa vie : “Fruit d’une union illégitime, j’ai été abandonné dès avant ma naissance par mon père qui voulait sauver sa réputation ! Totalement démunis, nous n’avions ma mère et moi, qu’une institution de bienfaisance qui nous recueillait le jour. La nuit, nous couchions sur un banc, toujours le même, près d’un réverbère. Ma distraction était, à la nuit tombante, de voir l’allumeur de réverbères nous offrir la lumière. Le réverbère était mon ami. Dans mon cœur d’enfant, j’avais 5 ans, il était pour moi, une présence protectrice. Ce réverbère avait une âme de père. Après le décès prématuré de ma mère, recueilli chez les Franciscains, je suivis la même route que ceux qui avaient apporté un sens à ma vie.” Le P. Joseph termine ainsi son témoignage : “A 90 ans, aujourd’hui, j’exulte de joie en proclamant que je pardonne à mon père, alors que je partais dans la vie comme un homme détruit. Au terme de ma vie, je tiens à proclamer qu’il y a un “pic” que l’on peut atteindre à cause du Christ. Ce “pic”, c’est le pardon. La miséricorde, c’est le message de la Croix. “Père, pardonne-leur”. A partir de ce pic, la force du pardon, c’est ce qui nous permet de rebondir et de jeter un regard de vérité sur soi-même et sur le monde. »

Le prêtre est surtout le témoin du matin de Pâques. Sa mission est de célébrer la Résurrection du Seigneur (le jour du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne), et d’en donner les signes sacramentels :
- le signe efficace de la transformation par le baptême, d’une existence périssable à une vie filiale ;
- par la confirmation d’une vie vécue pour soi à une vie vécue pour les autres ;
- par l’eucharistie à une existence où l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, se donne en nourriture.
L’ordination est le sacrement qui rend possible tous les autres

Le prêtre (le diacre) signifie ainsi l’actualité de la grâce. La Pâque du Seigneur ne se situe plus dans le passé, le rachat n’est pas à attendre dans un avenir incertain. Le salut de Dieu, c’est pour aujourd’hui. Il nous est contemporain. ” Il est là ” disait en tenant l’hostie saint Jean-Marie Vianney. Les paroles consécratoires que le prêtre prononce, au nom du Christ, à chaque messe “Ceci est mon corps. Ceci est mon sang” au nom du Christ, offrent bien la preuve de la présence réelle du Ressuscité.

Mais ces paroles “Ceci est mon corps. Ceci est mon sang” ne demeurent pas extérieures au prêtre. Elles expriment également que le ministre ordonné engage toute son existence (son propre corps, son propre sang) par cette consécration qu’il prononce.

Son existence entière est consacrée : son corps appartient au Christ, ce qui justifie son célibat ; son sang appartient au Christ, ce qui légitime tous ses efforts.

1. Le prêtre (le diacre) appartient à l’Eglise. Il vous appartient.
2. A partir du Ressuscité, l’humanité entre progressivement en Dieu. Elle arrive à un port. Le prêtre est celui qui le fait rentrer.
3. Le prêtre (le diacre) porte au nom de tous, l’espérance de cette ascension vers le Père. Chaque eucharistie en offre le gage.

Chers ordinands, en ce jour, le Seigneur vous a investis de sa beauté. De la beauté inaltérable du mystère pascal. Cette beauté est à la démesure de son amour infini, dont vous devenez les serviteurs et les ministres, intendants fidèles et zélés, pour enseigner le peuple chrétien, le sanctifier, le guider à la suite du Bon Pasteur.

Chers amis, ces nouveaux prêtres et diacres, en ce jour, le Seigneur les confie à votre prière. Vous êtes leur famille. Aidez-les à croire en leur ministère. Demandez-leur de vous donner le Christ. C’est le meilleur qu’ils puissent vous transmettre.

+ Dominique Rey



L’homélie de Monseigneur Rey
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“Louis, Antoine, François-Régis,

L’appel que l’Eglise vous adresse en ce jour relève d’une exigence redoutable : la sainteté.

Au salut du Saint Sacrement, la prière de l’assemblée reprend cette invocation : « Seigneur donnez-nous des prêtres ! Seigneur donnez-nous des saints prêtres ! »

Dans l’Ecriture, être saint, c’est être « mis à part » d’entre les hommes. Le Seigneur, le 3 fois Saint, vous retire du monde pour présenter au Père, dans l’Esprit Saint, l’offrande que le Fils fait librement de sa propre vie, pour le salut du genre humain.

La sainteté d’un prêtre, d’un diacre, s’enracine dans sa consécration baptismale. Comme tout baptisé, Louis, Antoine, François-Régis, vous ordonnerez votre vie au Christ, à la manière des apôtres, assumant sa vie évangélique, son obéissance au Père, en adoptant une existence filiale et théologale, en laissant la miséricorde de Dieu investir et traverser vos propres fragilités ; en vous reconnaissant pécheurs, en pratiquant les vertus morales…comme tout baptisé.

La responsabilité que le Christ vous confie ne vous met pas au dessus des autres, mais à leurs pieds, à leur service.

Votre vie devra être en cohérence avec l’Evangile que vous proclamerez. Je me rappelle cette réflexion caustique d’un paroissien à propos de son curé : « Lorsqu’il prêche, il m’impressionne. Lorsque je le vois vivre, ça me rassure ! »

Lorsqu’il prêche, il m’impressionne. Lorsque je le vois vivre, ça me rassure !

Jésus a enseigné, non seulement par ses paroles, mais aussi par sa conduite. Imitez-le ! On disait que Jésus parlait « avec autorité », soulignant en cela que sa façon de se comporter coïncidait parfaitement avec son propos. Le messager et le message ne faisaient qu’un !

La folie de la Croix

Que ce soit Jean-Marie Vianney, St Louis-Marie Grignion de Montfort, St François-Régis, St Pierre Julien Eymart, le Padre Pio ou St Maximilien Kolbe… pour chacun d’eux, la sainteté de leur vie a constitué le terreau de la fécondité de leur apostolat. Ce n’est ni par la magie de leurs dons extraordinaires, ni par la puissance

de leurs idées ou de leur rhétorique, ni par leurs talents d’animation ou d’organisation… qu’ils ont gagné les cœurs au Christ, mais, pour reprendre la forte expression de Paul, par la « folie de la Croix » qu’ils ont épousée. Le Christ les a saisis, dans toute l’épaisseur de leur humanité. Ils ne lui ont rien refusé. C’est le Christ vivant en eux qui touchait ceux qui les approchaient ! Leur sainteté (c’est-à-dire leur union au Christ) rendait crédible leur mission.

Le philosophe Bergson disait que « les saints n’ont pas besoin d’exhorter. Ils n’ont qu’à exister. Leur existence est un appel. »

Un Autre, (le Christ) transparaît et se communique

Le Pape Benoît XVI, dans sa récente exhortation apostolique, met en valeur la sainteté liée à la vie eucharistique : « La mission première et fondamentale qui nous vient des saints mystères que nous célébrons, est de rendre témoignage par notre vie. L’émerveillement que le don que Dieu nous a fait dans le Christ, imprime à notre existence un dynamisme nouveau qui nous engage à être témoin de son amour. Nous devenons témoin lorsque, par nos actions, nos paroles et nos comportements, un Autre, (le Christ) transparaît et se communique ».

Digne de foi

« AXIOS ». Ce mot est utilisé dans la liturgie des églises chrétiennes d’Orient pour acclamer celui qui est appelé au ministère presbytéral. « Axios », c’est-à-dire « il est digne de foi ». Le peuple chrétien, publiquement et unanimement, atteste que le candidat au sacerdoce, par la grâce de Dieu, a été rendu fiable, irréprochable, idoine. Son amour pour le Christ est devenu sa vraie raison de vivre. Sa charité est sans restriction. Il se fait tout à tous. Il espère pour ceux qui n’espèrent plus rien de la vie ou dans la vie. Il croit en la dignité de la vie, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, alors que notre société l’instrumentalise. Il prie pour ceux qui négligent de le faire. Il reste fidèle au nom de ceux qui ont trahi leur engagement. La vérité du Christ, qu’il annonce au nom de l’Eglise, libère de la confusion et du mensonge.

« Axios », il est digne de foi. Louis, Antoine, François-Régis, c’est parce que vous ferez pénitence ou que vous jeûnerez, que vous prierez, que vous approcherez du pauvre et de l’exclu sans craindre de leur parler, que des hommes et des femmes, des jeunes retrouveront le chemin de Dieu. En vous entendant parler du Christ (et pas de vous-même ou de vos opinions sur lui), ils découvriront que le Christ parle à travers vous. En vous engageant personnellement dans la mission (et non pas par substitution, en prescrivant à vos paroissiens de le faire à votre place), les fidèles prendront le goût d’annoncer la foi, à leur tour.

Miséricordieux

L’auteur de la lettre aux Hébreux qualifie le Christ « de grand prêtre digne de foi », mais aussi de « miséricordieux » dans ses rapports avec Dieu. Cette miséricorde sacerdotale n’est pas un sentiment compassionnel ou émotionnel. C’est une disposition de cœur du prêtre qu’il acquiert en éprouvant la miséricorde du Seigneur, en contemplant cette miséricorde divine dans la vie publique de Jésus lorsqu’il accueillait sans restriction les pécheurs, lorsqu’il leur pardonnait, quand il acceptait de manger à leur table (Mt 9, 10-11) au point d’être appelé ironiquement : « l’ami des publicains et des prostituées » (Mt 11, 19). La miséricorde de Jésus l’entraînait au devant des malades, des possédés, des gens éprouvés, des foules abandonnées, des petits et des pauvres. « Au moment même où on le crucifiait, il priait pour ses bourreaux » (Lc 22, 34)

Pour pouvoir compatir pleinement, il faut avoir pâti personnellement. Le Christ a souffert en sa Passion. Sur la Croix, après sa mort, son cœur s’est entrouvert pour chacune de nos offenses.

Louis, Antoine, François-Régis, parce que notre monde est blessé, parce que nos humanités, plus qu’à toute autre époque (en particulier à cause de la fragilisation des familles), sont particulièrement vulnérables, vous devez être des prêtres et diacres au cœur miséricordieux, selon le cœur du Christ.

Louis, Antoine, François-Régis, l’œuvre que le Christ attend du prêtre et du diacre le dépasse complètement. Elle n’est pas proportionnée à ses aptitudes et à sa vertu. Le prêtre ou le diacre se sait « indigne » de la grâce qui lui est faite, et de la mission dont il est investi. A l’intérieur de cette incapacité, de cette pauvreté reconnue et offerte, il fait l’expérience d’une miséricorde particulière de Dieu à son égard.

Chers ordinands, vous serez sommés, dans la liturgie que vous célèbrerez, de prononcer des paroles que Jésus lui-même a prononcées. « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang, … Je te pardonne » Vous ne direz pas : « Jésus a dit : ceci est mon Corps, ceci est mon Sang » mais vous vous attribuerez personnellement ces paroles. Vous les approprierez à votre compte, en agissant et en parlant en son nom. C’est dire le degré particulier d’intimité que vous entretiendrez avec la personne de Jésus-Christ, jusqu’à vous identifier à lui, dans votre ministère. Il s’agit non pas de se prendre pour le Christ, mais de signifier sa présence.

Et c’est en tenant fidèlement jusqu’à la mort, humblement jusqu’à l’oubli de soi, la place du Christ, serviteur de ses frères, que vous vous sanctifierez. Le prêtre se sanctifie en sanctifiant ses frères. C’est en enseignant le chemin de la sainteté, c’est en gouvernant en bon Pasteur le peuple de Dieu qui lui est confié, c’est dans l’exercice zélé et courageux de son ministère (souligne le Concile Vatican II), c’est en édifiant le Corps du Christ, que le prêtre s’édifie lui-même (à la place du serviteur qui est la sienne) : « Les saints ne se croyaient rien. Mais Dieu les estimait » disait le curé d’Ars.

La sainteté sacerdotale n’est pas la recherche de soi en essayant de coller à l’image de perfection qu’on s’est donnée ou que l’on nous a inculquée.

La sainteté est un don de Dieu. La sainteté sacerdotale commence par le renoncement à disposer de son ministère au gré de ses envies ou de sa subjectivité, mâtiné ou maquillé de pseudo spiritualité affective qui nous conduirait à dire : « Je sens que » ou « le Seigneur m’a dit que… »

La sainteté du prêtre passe par la remise de soi entre les mains de l’Eglise. L’obéissance nous conduira à ne rien revendiquer pour vous-mêmes, « depuis l’âge de 3 ans, je n’ai rien refusé au Christ » (Th. de Lisieux), « à aller là où, peut-être, vous ne voudriez pas aller » (cf Jn 21), à ne pas vous encombrer du souci exagéré de soi, mais à mobiliser vos ressources pastorales, spirituelles et humaines pour la croissance de chacun et la croissance du corps ecclésial. « Ma préoccupation quotidienne est le souci de toutes les Eglises », disait l’apôtre des Gentils dans la deuxième lettre aux Corinthiens.

Chers frères et sœurs, fidèles en Christ, la sainteté des prêtres vous est confiée. Ils sont d’abord vos frères avant que d’être vos pères. Soumis aux mêmes combats que les vôtres. Tentés, parfois, de douter de leur ministère. Attaqués sur des points sensibles touchant à leur fidélité au Christ et à l’Eglise, et pour lesquels ils ont engagé toute leur existence : le célibat, la simplicité de vie, l’obéissance envers l’Eglise.

Ils doivent pouvoir compter sur votre indéfectible prière. Priez pour vos prêtres ! Faites prier vos enfants ! A l’église ou à la maison. Ils doivent pouvoir s’appuyer sur la sainteté de votre vie conjugale, familiale, sur votre soutien dans les responsabilités que je leur confie, sur votre communion affective et effective. Soyez constamment pour eux des frères ! Respectez la mission qu’ils ont reçue du Christ puisqu’ils Le représentent, puisqu’ils sont chargés de communiquer la vie de Dieu au monde ! Ils vous sont envoyés de la part du Seigneur !




“Est-ce que Dieu ne m’appellerait pas à être prêtre ?”
Cette question place celui à qui elle est adressée devant la liberté irrécusable d’un choix.

Elle ouvre la porte d’un dialogue permanent avec Dieu, en sachant que l’Eglise aura son mot à dire pour authentifier l’appel.

Hélas, tant de jeunes gens autour de nous ne se poseront jamais la question de l’appel. Peut-être parce que personne n’a eu l’audace de la lui faire entendre ! Pourquoi tant de chrétiens qui réclament des prêtres, n’ont-ils pas le courage de transmettre clairement cet appel dans leur cercle familial et auprès des jeunes qu’ils côtoient ? Par pudeur ? Par insouciance ?


La joie d’être prêtre

Certains jeunes, au détour d’un témoignage ou au sortir d’une expérience spirituelle n’ont pas pris le temps ou la précaution de s’appesantir sur cette interrogation : “Pourquoi pas moi ?” Ils en sont restés là. Peut-être en garderont-ils toute leur vie comme un remords ou une nostalgie !

Dieu ne cesse d’appeler

Il n’est pas avare de ses dons. Sa générosité est sans limite. Le sacerdoce est un des dons, puisqu’il est confié à son Eglise pour faire naître le peuple chrétien, le nourrir de ses sacrements, le servir par sa charité pastorale, lui faire partager la Parole de Dieu, le garder dans la communion de l’amour, le faire grandir dans la sainteté.

Dans un contexte de raréfaction des vocations sacerdotales, où l’on passe de près de 50 000 prêtres en France il y a 50 ans à une situation où, d’ici 3 ou 4 ans, il n’y aura que 5 000 prêtres en exercice, la réouverture du séminaire diocésain de la Castille il y a 20 ans, a constitué un défi mais aussi un geste prophétique pour notre Eglise. Des jeunes, laissant leur vie professionnelle ou leurs études, s’y livrent au jugement de l’Eglise et se forment dans la perspective du ministère ordonné. La responsabilité de chacun de nous est d’aider par notre prière, notre soutien financier, grâce à l’estime que nous leur accordons, ceux qui ont tout quitté pour suivre le Christ et le servir en chacun de leurs frères.

Il est toujours difficile de répondre à l’appel, d’aller jusqu’au bout de ce qu’il implique, de désarmer ses résistances. On a peur de se tromper, de se rendre malheureux et de rendre ainsi les autres malheureux. L’Eglise a la mission et la grâce d’aider à trouver la juste réponse.

L’Eglise appelle des êtres pécheurs, divisés, hésitants. Il en a toujours été ainsi. Et c’est même sa raison d’être. C’est avec des pécheurs que l’Eglise fait des saints.

Evêque du diocèse de Fréjus-Toulon