Dans un mariage, dès l’arrivée des enfants, le couple passe de l’état de vie époux-épouse à l’état père-mère. Suite la naissance du premier enfant, le conjoint semble moins aimer, car il ne fait pas autant attention qu’avant.
 

Pour certains, l’enfant est venu voler l’attention de tous et on risque de croire que c’est à cause du bébé la relation s’affaiblit. Parmi toutes les adaptations qu’on doit vivre avec notre conjoint, la parentalité exige encore plus de changements par rapport tout ce qui marchait bien entre les deux personnes.
 

Passer soudainement d’un couple à une famille peut donner le sentiment aux conjoints d’être momentanément perdus, parmi toutes les nouvelles tâches à accomplir.

Il va falloir prendre de nouvelles habitudes car la journée continue a n’avoir que 24 heures. Le nouveau-né ressent le besoin d’être changé, d’avoir au bon moment son biberon prêt et c’est donc lui qui établit pour les parents les nouveaux horaires de sommeil et de réveil.

Dans ces 24 heures, le bébé exigera la disponibilité permanente de ses parents. Toutes les activités des époux (sorties, week-ends, rendez-vous imprévus…) dépendent désormais des horaires permis par le bébé. En conséquence, les nouvelles tâches vont bouleverser la relation amoureuse jusqu’à ce que de nouvelles solutions soient trouvées par le couple.
 

Certains peuvent se sentir de s abandonnés ou de mal aimés en raison de ces manques d’attention voire des manques de solidarité du compagnon face aux nouveaux devoirs.

Il est bien de rappeler que est implicite l’acceptation et l’éducation des enfants dans la proposition de mariage. Donc si les époux n’ont pas le même engagement ou s’ils considèrent que le soin de l’enfant revient juste à la mère forcement ils auront des problèmes.
 

C’est aux époux de se redécouvrir l’un l’autre – le mari est aussi un père, la femme est aussi une mère. Si on veut avoir toujours la même affection et la même attention, il faut manifester envers l’autre concrètement son désir d’accueillir les changements de la vie par le partage des tâches, par la patience et la flexibilité pour découvrir le bonheur de la paternité et de la maternité.
 

Depuis l’arrivée de la « cigogne » il est nécessaire de prendre de nouvelles habitudes sans laisser de côte l’affection entre mari et femme. S’entraider, partager la responsabilité sont des attitudes qui vont adoucir la vie, et permettre qu’il y ait assez du temps pour bien vivre la situation de papa, toujours amoureux de la maman.
 

Dado Moura
Communauté Canção Nova
www.dadomoura.com

contact@webtvcn.eu
 

Traduction : Webtvcn France



Il existe aujourd’hui de nombreux couples dans une situation de seconde union, c’est-à-dire qui se sont mariés à l’Eglise, ont divorcés et se sont unis à une autre personne civilement, car ils ne peuvent se marier à l’Eglise une deuxième fois.

La meilleure orientation que l’Eglise nous offre sur la situation des couples remariés est l’Exhortation apostolique “Familiaris Consortio”, du Pape Jean Paul II, écrite après le Synode de la famille qui s’est tenu en 1980, et dans le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC, § 1652).

Par-dessus tout, l’Eglise désire et espère que, une fois séparés, les couples puissent un jour se réconcilier. Elle rappelle que la séparation physique ne dissout pas le lien du mariage et que les divorcés ne peuvent pas entrer dans une nouvelle union, sauf si le premier mariage a été déclaré nul par le Tribunal Ecclésiastique. Après un procès canonique, la Cour peut arriver à la conclusion que le mariage n’était pas valide, conformément aux règles du Code de Droit Canonique (canons 1055 à 1124). Il y a environ 20 cas qui peuvent conduire la Cour à déclarer la nullité d’un mariage ; ce sont des défauts de consentement matrimonial, les obstacles dirimants ou l’absence de forme canonique.

L’Eglise rappelle que la personne séparée – si elle n’est pas responsable de la séparation et si elle demeure dans une vie de chasteté – peut continuer à recevoir les sacrements de la Confession et de l’Eucharistie. En ce qui concerne les divorcés qui ont contracté une nouvelle union, le Pape Jean Paul II a dit, sur la base des conclusions du Synode de la famille :

« L’Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier: si l’on admettait ces personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l’Eglise concernant l’indissolubilité du mariage. » (FC, 84).
Les couples en second union peuvent recevoir les sacrements, s’ils vivent comme frère et sœur, sans vie sexuelle, comme le Pape explique:

« La réconciliation par le sacrement de pénitence – qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie – ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par l’exemple l’éducation des enfants -, remplir l’obligation de la séparation, «ils prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux» (ibid.).
 

Jean-Paul II affirme aussi qu’on ne peut pas faire n’importe quel type de célébration pour une seconde union :

« De la même manière, le respect dû au sacrement de mariage, aux conjoints eux-mêmes et à leurs proches, et aussi à la communauté des fidèles, interdit à tous les pasteurs, pour quelque motif ou sous quelque prétexte que ce soit, même d’ordre pastoral, de célébrer, en faveur de divorcés qui se remarient, des cérémonies d’aucune sorte. Elles donneraient en effet l’impression d’une célébration sacramentelle de nouvelles noces valides, et induiraient donc en erreur à propos de l’indissolubilité du mariage contracté validement. » (ibid.).
 

En abordant cette question, le Catéchisme de l’Église Catholique enseigne ce qui suit :

§ 1651 – « Nombreux sont aujourd’hui, dans bien des pays, les catholiques qui ont recours au divorce selon les lois civiles et qui contractent civilement une nouvelle union. L’Église maintient, par fidélité à la parole de Jésus Christ (” Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à l’égard de la première ; et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère ” : Mc 10, 11-12), qu’elle ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le premier mariage l’était. Si les divorcés sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu. Dès lors ils ne peuvent pas accéder à la communion eucharistique, aussi longtemps que persiste cette situation. Pour la même raison ils ne peuvent pas exercer certaines responsabilités ecclésiales. La réconciliation par le sacrement de pénitence ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et se sont engagés à vivre dans une continence complète. ».
 

§ 1652 – «A l’égard des chrétiens qui vivent en cette situation et qui souvent gardent la foi et désirent élever chrétiennement leurs enfants, les prêtres et toute la communauté doivent faire preuve d’une sollicitude attentive, afin qu’ils ne se considèrent pas comme séparés de l’Église, à la vie de laquelle ils peuvent et doivent participer en tant que baptisés :
On les invitera à écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux œuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu. »


Felipe Aquino

Docteur en Physique, écrivain, théologien
http://blog.cancaonova.com/felipeaquino

Traduction : Webtvcn France

contact@webtvcn.eu



(Texte de l’homélie donnée par monseigneur Dominique Rey, en la solennité de saint Pierre et saint Paul, à l’occasion de la célébration des ordinations diaconales et presbytérales, le 29 juin 2008)

Frères et sœurs,

J’ai ouvert cette célébration par un geste devenu banal, tant on s’est accoutumé à la liturgie, un geste pourtant si symbolique de ce qui est en jeu dans cette cérémonie d’ordination. J’ai baisé l’autel, cet autel que je vais encenser dans quelques minutes, au moment de l’offertoire.

Cet autel se rapporte à 3 événements qui sont au cœur de toute vie chrétienne, qui est une vie de ressuscité.

L’autel est d’abord la table du repas pascal autour de Jésus. Il nous rappelle le Jeudi Saint. L’autel est aussi la table du sacrifice, le signe de la Croix du Christ. Il nous rappelle le Vendredi Saint. L’autel représente enfin le tombeau vide. L’humble attestation de la victoire du Ressuscité. Il évoque bien sûr le matin de Pâques. En baisant l’autel le prêtre – ou le diacre – souligne qu’il est l’homme du Jeudi Saint, du Vendredi Saint et du matin de Pâques. De la célébration de la Pâque à la Cène, en passant par la consommation au Golgotha, jusqu’au témoignage de la résurrection, l’autel rend compte ainsi de la triple identité du ministère presbytéral et diaconal.
D’abord le prêtre (ou le diacre) est l’homme de la communion

La sainte Cène est le rendez-vous de l’amitié avec le Christ. “Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis” dit Jésus au moment de laver les pieds des apôtres. Je me souviens de cette confidence reçue d’un prêtre : J’ai vécu une vraie conversion après une adolescence chaotique. Et mon premier appel se rapporte à ces deux questions que le Christ m’a posé au fond de mon cœur au cours d’une retraite. D’abord : ’Veux-tu m’aimer ?” (car Dieu s’est mis en souci d’avoir besoin de notre amour) Ensuite : “Veux-tu me faire aimer ?” Deux questions qui interpellent la liberté de celui à qui elles s’adressent. Deux questions de nature à retourner une existence. Deux questions posées à l’intérieur d’une amitié nouée avec le Christ.”

“Tu vois, un prêtre, c’est un ami de Jésus” disait encore cette mère de famille à son petit enfant, sans se douter de la profondeur de la définition. Dieu aime ceux à qui il peut donner le plus. Cette amitié avec le Christ est réaffirmée à chaque messe. L’invitation au mémorial que Jésus nous adresse (”Faites ceci en mémoire de moi”) exprime la nécessité que cette amitié retrouve sans cesse la source de son premier jaillissement, à la Cène, au jour de cette première messe que fut la célébration d’une Alliance nouvelle et définitive.

L’amitié avec le Christ (du prêtre ou du diacre) comporte 3 traits :
- D’abord la gratuité. Dieu ne nous aime pas parce nous sommes “aimables” ou les meilleurs des hommes, mais parce que nous sommes ses enfants. Son amour n’a pas d’autre raison que lui-même. il est sans arrière pensée et sans calcul. Je pense à l’histoire de cette femme qui aborde le prêtre au sortir de la messe :
- “Mon Père, je voudrais vous parler de la situation personnelle très préoccupante de Mme Martin, votre paroissienne. Il faut absolument faire quelque chose pour elle. Cette femme a trois enfants à charge, son compagnon l’a quittée, sa situation économique est alarmante.” Le curé demande alors à cette femme :
- “Mais quelle est donc sa situation matérielle ?”
- Mon Père, répond la femme, Mme Martin est criblée de dettes. Elle a un arriéré de 3 mois de loyers impayés qui s’élève à 4000 euros !
- Bon je vais en parler au Secours catholique et le signaler aux Conférences Saint Vincent de Paul. ”

Et le prêtre ajoute :

- “Mais vous-même, vous semblez bien connaître Mme Martin. Vous êtes sa voisine ? Sa cousine ? Une amie proche ?
- Non, mon Père, je suis sa propriétaire !”

Jésus, lui, nous a aimés gratuitement

- L’amitié procède également d’une proximité. En Marc chapitre 3 “Il en choisit 12 pour être “avec lui”. “Etre avec” signifie que la vie de chaque apôtre ne pouvait se concevoir en dehors du Christ.

Tous, qui que nous soyons, nous avons besoin d’un être qui nous permette de réaliser ce dont nous sommes capables. C’est le propre de l’amitié. Mais avec Jésus, l’amitié est portée à un point extrême de transformation. Il nous rend capable, lui, de faire ce que nous sommes incapables de faire par nous-mêmes. De dire par exemple “Ceci est mon corps” en brandissant l’hostie, de prononcer le pardon de Dieu “tes péchés sont pardonnés” à tout pénitent repenti.

- L’amitié du Christ a pour horizon la communion universelle. Sa surabondance va jusqu’au bout du monde. La table de communion dressée le Jeudi Saint est ouverte à d’autres convives. “Quand tu donnes un festin, nous redit l’évangile de Luc, invite les pauvres, les estropiés, les boîteux, les aveugles, et tu seras heureux parce qu’ils n’ont pas de quoi te rendre !” (Luc 14, 13)

La mission presse le prêtre (ou le diacre) d’inviter aux noces de l’Agneau ceux qui le boudent ou s’y sentent étrangers. Tel est l’horizon eschatologique de tout ministère : inviter nos contemporains à entrer en amitié avec le Christ jusqu’à partager, un jour avec tous, le pain de vie et le vin nouveau de l’Alliance éternelle. La joie du prêtre (ou du diacre) c’est de communiquer sans cesse son amitié avec le Christ, en nouant une amitié avec chacun.
Le prêtre est aussi l’homme du Vendredi Saint

Il rend présent sur l’autel le sacrifice du Christ à chaque eucharistie. Etre ordonné prêtre (ou diacre), c’est embrasser la Croix du Christ. C’est ce que souligne le rite du baiser de l’autel. La sainteté du prêtre (ou du diacre) le convoque au Calvaire. Il trouve “sa fierté dans la Croix de Notre Seigneur Jésus Christ” (Galates 6, 14) (jusqu’à “achever dans son corps ce qui manque aux épreuves du Christ” Colossiens 1, 24)

Oui, quand Jésus vient dans la vie de quelqu’un, il n’arrive pas les mains vides. Il n’arrive pas sans emporter sa Croix. Ce qui faisait dire à Thérèse d’Avila : “Seigneur, je comprends que vous ayez si peu d’amis, avec le sort que vous leur réservez”. Nous rêvons souvent d’un christianisme sans nuage, sans crise, sans croix (en tout cas, qui les ferait disparaître), comme cet enfant dont j’entendis un jour la prière : “Seigneur, je voudrais te suivre jusqu’au bout, jusqu’au martyre…mais sans les clous !”
- N’oublions pas que nous sommes les disciples d’un maître crucifié ! “Je n’ai rien voulu, sinon Jésus, et Jésus crucifié” (1 Corinthiens 2,1) confiera l’apôtre Paul pour résumer son attachement au Christ. Ne rêvons pas d’un christianisme amidonné ! Notre tentation, comme Pierre au cours de la Passion, est de refuser la Croix, de vouloir nous sauver autrement que par elle.

Toute vie sacerdotale, toute vie chrétienne, parce que c’est une vie donnée, nous plonge dans un combat qui est en réalité celui du Christ dans sa Passion : “Fixée en un point unique, la Croix rayonne dans toutes les directions” (Grégoire de Nysse).

- D’où un combat avec soi-même. Tout prêtre (tout diacre) subit les tentations de tout baptisé. Toute vie chrétienne porte l’exigence interne d’une conversion, que l’apôtre Paul définit en ces termes : “Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi !”

- D’où un combat dans le ministère, alors que tant d’hommes et de femmes, de jeunes, jettent un regard de suspicion, d’indifférence, parfois de mépris sur l’intérêt de notre apostolat (”Vous êtes députés aux choses sans importance”, me répondait récemment le père d’un enfant confirmé).
- D’où les combats, en raison de nos choix de vie, en particulier le célibat ou le non exercice d’une vie professionnelle alors que nous nous trouvons placés dans un contexte érotisé et hédoniste, avec la marchandisation croissante des relations humaines.
- D’où les combats, parce que notre ministère nous positionne délibérément sur les lieux de crise et de fracture humaine, lorsque l’impasse en laquelle se trouve placé nos contemporains, les ouvre paradoxalement à la question de Dieu.

Au pied de la Croix, se trouvait le disciple bien aimé. Il s’était penché sur la poitrine du Maître au soir de la trahison. Le disciple bien aimé est une figure sacerdotale. Il recueille au cours de la Passion du Christ, le témoignage d’une vie nouvelle qui jaillit du côté transpercé. Il nous fait comprendre la fécondité de tout sacrifice accompli dans l’amour, de toute vie offerte à la suite du Christ. C’est sans doute en le contemplant, que le saint curé d’Ars définissait le sacerdoce : “le sacerdoce, écrivait-il, c’est l’amour du cœur de Jésus”. J’ai fêté il y a peu, les 70 ans d’anniversaire de la profession religieuse d’un prêtre du diocèse, aujourd’hui âgé de 90 ans ! Il me raconta sa vie : “Fruit d’une union illégitime, j’ai été abandonné dès avant ma naissance par mon père qui voulait sauver sa réputation ! Totalement démunis, nous n’avions ma mère et moi, qu’une institution de bienfaisance qui nous recueillait le jour. La nuit, nous couchions sur un banc, toujours le même, près d’un réverbère. Ma distraction était, à la nuit tombante, de voir l’allumeur de réverbères nous offrir la lumière. Le réverbère était mon ami. Dans mon cœur d’enfant, j’avais 5 ans, il était pour moi, une présence protectrice. Ce réverbère avait une âme de père. Après le décès prématuré de ma mère, recueilli chez les Franciscains, je suivis la même route que ceux qui avaient apporté un sens à ma vie.” Le P. Joseph termine ainsi son témoignage : “A 90 ans, aujourd’hui, j’exulte de joie en proclamant que je pardonne à mon père, alors que je partais dans la vie comme un homme détruit. Au terme de ma vie, je tiens à proclamer qu’il y a un “pic” que l’on peut atteindre à cause du Christ. Ce “pic”, c’est le pardon. La miséricorde, c’est le message de la Croix. “Père, pardonne-leur”. A partir de ce pic, la force du pardon, c’est ce qui nous permet de rebondir et de jeter un regard de vérité sur soi-même et sur le monde. »

Le prêtre est surtout le témoin du matin de Pâques. Sa mission est de célébrer la Résurrection du Seigneur (le jour du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne), et d’en donner les signes sacramentels :
- le signe efficace de la transformation par le baptême, d’une existence périssable à une vie filiale ;
- par la confirmation d’une vie vécue pour soi à une vie vécue pour les autres ;
- par l’eucharistie à une existence où l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, se donne en nourriture.
L’ordination est le sacrement qui rend possible tous les autres

Le prêtre (le diacre) signifie ainsi l’actualité de la grâce. La Pâque du Seigneur ne se situe plus dans le passé, le rachat n’est pas à attendre dans un avenir incertain. Le salut de Dieu, c’est pour aujourd’hui. Il nous est contemporain. ” Il est là ” disait en tenant l’hostie saint Jean-Marie Vianney. Les paroles consécratoires que le prêtre prononce, au nom du Christ, à chaque messe “Ceci est mon corps. Ceci est mon sang” au nom du Christ, offrent bien la preuve de la présence réelle du Ressuscité.

Mais ces paroles “Ceci est mon corps. Ceci est mon sang” ne demeurent pas extérieures au prêtre. Elles expriment également que le ministre ordonné engage toute son existence (son propre corps, son propre sang) par cette consécration qu’il prononce.

Son existence entière est consacrée : son corps appartient au Christ, ce qui justifie son célibat ; son sang appartient au Christ, ce qui légitime tous ses efforts.

1. Le prêtre (le diacre) appartient à l’Eglise. Il vous appartient.
2. A partir du Ressuscité, l’humanité entre progressivement en Dieu. Elle arrive à un port. Le prêtre est celui qui le fait rentrer.
3. Le prêtre (le diacre) porte au nom de tous, l’espérance de cette ascension vers le Père. Chaque eucharistie en offre le gage.

Chers ordinands, en ce jour, le Seigneur vous a investis de sa beauté. De la beauté inaltérable du mystère pascal. Cette beauté est à la démesure de son amour infini, dont vous devenez les serviteurs et les ministres, intendants fidèles et zélés, pour enseigner le peuple chrétien, le sanctifier, le guider à la suite du Bon Pasteur.

Chers amis, ces nouveaux prêtres et diacres, en ce jour, le Seigneur les confie à votre prière. Vous êtes leur famille. Aidez-les à croire en leur ministère. Demandez-leur de vous donner le Christ. C’est le meilleur qu’ils puissent vous transmettre.

+ Dominique Rey



Lettre « électronique » du cardinal Hummes aux prêtres du monde

(Journée mondiale de Prière pour la Sanctification des Prêtres – 2008)


Cliquez ici pour télécharger la Lettre et la Prière du Prêtre



Source: Congrégation pour le Clergé



(De nouvelles vocations pour une nouvelle Europe

Document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe)

37. « A cette heure même, ils partirent et s’en retournèrent à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent: « C’est bien vrai! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon! ». Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain » (Lc 24, 33-35).
Pour que le chemin d’Emmaüs devienne un itinéraire de vocation, il faut un passage de conclusion après la série de « reconnaissances » et « auto-reconnaissances »: le choix effectif du jeune, auquel correspond, de la part de celui qui l’accompagne le long de son cheminement vocationnel, le processus de discernement. Un discernement qui ne s’achèvera certes pas au moment de l’orientation de la vocation, mais qui devra se poursuivre jusqu’à la maturation d’une décision définitive, « pour toute la vie ». (105)

a) Le choix effectif de celui qui est appelé
Capacité de décision
Dans l’épisode évangélique dont s’est inspiré notre réflexion, le choix est bien exprimé au verset 33: « A cette heure même, ils partirent… ».
La note temporelle (« A cette heure même ») montre bien la détermination des deux hommes, provoquée par la parole et par la personne de Jésus, par la rencontre avec lui, et mise en acte par un choix qui comporte une rupture par rapport avec ce qu’ils étaient ou faisaient auparavant; elle indique donc une nouveauté de vie.
C’est précisément cette décision qui fait souvent défaut chez les jeunes d’aujourd’hui.
Pour cette raison, afin d’« aider les jeunes à surmonter l’indécision face aux engagements définitifs, il semble utile de les préparer progressivement à assumer des responsabilités personnelles, (…), leur confier des tâches appropriées à leurs capacités et à leur âge, (…) favoriser une éducation progressive qui leur enseigne à faire de petits choix quotidiens par rapport aux valeurs (gratuité, constance, sobriété, honnêteté…) ». (106)
D’un autre côté, il faut rappeler que très souvent ces peurs et indécisions indiquent non seulement la faiblesse de la structure psychologique de la personne, mais aussi de l’expérience spirituelle et, en particulier, de l’expérience de la vocation comme choix qui vient de Dieu.
Lorsque cette certitude est faible, le sujet s’en remet inévitablement à lui-même et à ses ressources, et quand il constate leur précarité, il n’est pas étrange qu’il se laisse étouffer par la peur de faire un choix définitif.
L’incapacité de prendre une décision n’est pas nécessairement caractéristique de la génération des jeunes d’aujourd’hui: il n’est pas rare qu’elle soit la conséquence d’un accompagnement vocationnel qui n’a pas assez souligné la primauté de Dieu dans le choix ou qui ne lui a pas enseigné à se laisser choisir par lui. (107)

« Retour chez soi »
Le choix d’une vocation indique la nouveauté de vie, mais en réalité c’est également le signe que l’on a retrouvé son identité, presque un « retour chez soi », aux racines du moi. Dans le passage d’Emmaüs, il est symbolisé par l’expression: « …et s’en retournèrent à Jérusalem » (cf. Mt 10, 22).
Combien de fois aussi les attitudes des adultes, y compris des parents, ont contribué à créer une image négative de la vocation, en particulier au sacerdoce et à la vie consacrée, créant notamment des obstacles à sa réalisation et décourageant ceux qui se sentaient appelés! (108)
Ce problème ne se résout pas par une banale propagande opposée, qui mettrait en relief les aspects positifs et gratifiants de la vocation, mais surtout en soulignant l’idée que la vocation est la pensée de Dieu sur la créature, que c’est le nom donné par Dieu à la personne.
Découvrir et répondre à la vocation des croyants veut dire trouver la pierre sur laquelle est écrit son nom (cf. Ap 2, 17-18) ou retourner aux sources du moi.

Témoignage personnel
A Jérusalem, les deux « trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui dirent: « C’est bien vrai! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon! ». Et eux de raconter ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain » (Lc 24, 33-35).
L’élément le plus significatif de ce passage, en relation au choix de vocation, est le témoignage des deux hommes, un témoignage particulier, parce qu’il survient dans un contexte communautaire et revêt un sens vocationnel précis.
De fait, lorsque les deux disciples arrivent, l’assemblée est en train de proclamer sa foi par une formule (« C’est bien vrai! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon! ».) dont nous savons qu’elle figure parmi les témoignages les plus anciens de la foi objective. Cléophas et son compagnon ajoutent, en quelque sorte, leur expérience subjective, qui confirme ce que la communauté était en train de proclamer et qui confirme aussi leur cheminement personnel de croyants et leur cheminement vocationnel.
C’est comme si ce témoignage était le premier fruit de la vocation découverte et retrouvée, qui est tout de suite mise au service de la communauté ecclésiale, comme le veut la nature même de la vocation chrétienne.
Nous retrouvons par ailleurs ce que nous avons déjà dit quant au rapport entre itinéraires ecclésiaux objectifs et itinéraire personnel subjectif, dans un rapport de synergie et de complémentarité: le témoignage de l’individu aide et fait croître la foi de l’Eglise, la foi et le témoignage de l’Eglise suscitent et encouragent le choix de vocation de l’individu.

b) Le discernement effectué par le guide
Dans l’Exhortation Apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, Jean-Paul II affirme: « La connaissance de la nature et de la mission du sacerdoce ministériel est le présupposé nécessaire et en même temps le guide le plus sûr et le stimulant le plus fort pour développer dans l’Eglise l’action pastorale, en vue de la promotion et du discernement des vocations sacerdotales et de la formation de ceux qui sont appelés au ministère ordonné ». (109)

Par analogie, on pourrait en dire de même lorsqu’il s’agit du discernement de toute vocation à la vie consacrée. Le présupposé incontournable pour discerner ces vocations consiste, avant tout, à tenir compte de la nature et de la mission de cet état de vie dans l’Eglise. (110)
Ce présupposé dérive directement de la certitude que c’est Dieu qui appelle et donc de la recherche des signes qui indiquent l’appel divin.
Nous indiquons maintenant quelques critères de discernement, que l’on peut répartir selon quatre catégories.

L’ouverture au mystère
Si la fermeture au mystère, caractéristique d’une certaine mentalité moderne, empêche d’être disponible à la vocation, son contraire, c’est-à-dire l’ouverture au mystère, est non seulement une condition positive pour la découverte de sa vocation, mais elle constitue le signe d’une saine option vocationnelle.

a) La certitude subjective authentique d’une vocation est celle qui laisse une place au mystère et à la sensation que sa décision, bien qu’étant ferme, devra continuer à scruter le mystère.
La certitude non authentique, en revanche, est une certitude non seulement faible et incapable d’engendrer une décision, mais aussi son contraire, à savoir la prétention d’avoir déjà tout compris, d’avoir exploré les profondeurs du mystère personnel, prétention qui ne peut que créer des raideurs et une certitude qui, bien souvent, est démentie dans la suite de la vie.

b) L’attitude typiquement d’une vocation est l’expression de la vertu de prudence, plus que l’exhibition d’une capacité personnelle. C’est la raison pour laquelle la sécurité de cette lecture de son propre avenir est celle de l’espérance qui naît de la confiance placée dans un Autre, dont on peut se fier; elle n’est pas le résultat d’une garantie basée sur la certitude que ses propres capacités correspondent aux exigences du rôle choisi.

c) Les capacités d’accueillir et d’intégrer les polarités opposées qui constituent la dialectique naturelle du moi et de la vie humaine sont aussi un bon indice de vocation. Par exemple, un jeune qui est suffisamment conscient de ses aspects positifs et négatifs, de ses idéaux et de ses contradictions, de la partie saine et moins saine de son projet de vocation, et qui ne présume ni ne désespère face à ses aspects négatifs, possède cette capacité.

d) Le jeune qui découvre les signes de l’appel de Dieu, non seulement dans des événements extraordinaires, mais dans son histoire, dans les événements qu’il a appris à lire en tant que croyant, dans ses interrogations, ses angoisses et ses aspirations, entretient une bonne familiarité avec le mystère de la vie comme lieu où il peut percevoir une présence et un appel.

e) Une autre caractéristique fondamentale de celui qui est authentiquement appelé rentre dans cette catégorie: celle de lagratitude. La vocation naît sur le terrain fécond de la gratitude et doit être interprétée avec un élan de générosité et de radicalisme, précisément parce qu’elle naît de la conscience de l’amour reçu.

L’identité dans la vocation
Le second ordre de critères tourne autour du concept d’« identité ». L’option vocationnelle indique et implique en effet la définition de son identité; elle est choix et réalisation du moi idéal, plus que du moi actuel, et devrait conduire la personne à avoir un sens substantiellement positif et stable de son moi.

a) La première condition est que la personne montre qu’elle est en mesure de se détacher de la logique de l’identification aux niveaux corporel (= le corps comme source d’identité positive) et psychique (= ses talents comme garantie unique et prédominante d’estime personnelle) et qu’elle découvre en revanche la positivité radicale liée de manière stable à l’être reçu en don de Dieu (c’est le niveau ontologique), et non pas à la précarité de l’avoir ou du paraître. La vocation chrétienne est ce qui permet à cette positivité de s’accomplir en réalisant au plus haut degré les possibilités du sujet, selon un projet qui normalement le dépasse car il est pensé par Dieu.

b) « Vocation » veut dire fondamentalement « appel »: il y a donc un sujet extérieur, un appel objectif et une disponibilité intérieure à se laisser appeler et à se reconnaître dans un modèle qui n’a pas été créé par l’appelé.

c) Quant à la motivation ou à la modalité du choix de vocation, le critère fondamental est celui de la totalité (ou loi de la totalité), à savoir que la décision est l’expression d’une implication totale des fonctions psychiques (coeur-esprit-volonté) et décision en même temps mentale, éthique et émotive.
d) En particulier, il existe une maturité vocationnelle lorsque la vocation est vécue et interprétée comme un don, mais aussi comme un appel exigeant: à vivre pour les autres, non seulement pour sa propre perfection, et avec les autres, dans l’Eglise mère de toutes les vocations, dans un « sequela Christi » spécifique.

Un projet de vocation riche de mémoire de foi
La troisième dimension sur laquelle l’attention de celui qui discerne devrait se concentrer est relative à la qualité du rapport entre passé et présent, entre mémoire et projet.

a) Avant tout, il est important que le jeune soit substantiellement réconcilié avec son passé: avec l’inévitable partie négative de celui-ci, quelle qu’elle soit, qui fait partie de lui, et avec la partie positive, qu’il devrait être en mesure de reconnaître avec gratitude; réconcilié aussi avec les figures significatives de son passé, avec leurs richesses et leurs faiblesses.

b) Il faut alors considérer avec attention le type de mémoire de son histoire que le jeune entretient, quelle interprétation il donne à sa vie: en termes de remerciements ou de lamentation? S’il se sent consciemment ou inconsciemment encore en attente de recevoir ou ouvert pour donner?

c) L’attitude du jeune face aux traumatismes, plus ou moins graves, de sa vie passée, est particulièrement significative. Projeter de se consacrer à Dieu veut dire, dans tous les cas, se réapproprier de la vie que l’on veut donner, sous tous ses aspects; tendre à intégrer ces éléments moins positifs, en les reconnaissant avec réalisme, en adoptant une attitude responsable et non pas d’autocommisération par rapport à eux. Un jeune « responsable » est un jeune qui s’engage à adopter une attitude active et créative par rapport à un événement négatif ou qui cherche à exploiter de façon intelligente une expérience négative personnelle.
Il faut accorder beaucoup d’attention aux vocations qui naissent des souffrances, des déceptions ou d’incidents variés qui ne sont pas encore bien intégrés. Dans ce cas, un discernement plus attentif est nécessaire, notamment en ayant recours à des spécialistes, pour ne pas faire porter des fardeaux trop lourds sur des épaules trop faibles.

La docilité à la vocation
La dernière phase de l’itinéraire d’une vocation est celle de la décision. Pour cette phase, les critères de maturité d’une vocation semblent être les suivants:

a) la qualité fondamentale est le degré de docibilitas de la personne, c’est-à-dire la liberté intérieure de se laisser conduire par un(e) frèresoeur aîné(e); en particulier lors des phases stratégiques de la ré-élaboration et de la ré-appropriation de son passé, surtout celui qui pose le plus de problèmes et, par conséquent, la liberté d’apprendre et de savoir changer.

b) La docilité est au fond la qualité de la jeunesse, non pas tant sur le plan de l’état civil que comme attitude existentielle globale. Il est important que celui qui demande à entrer au séminaire ou dans la vie consacrée soit vraiment « jeune », avec les vertus et les vulnérabilités typiques de cette période de la vie, avec le désir de faire et le désir de donner le maximum de soi, capable d’établir des rapports sociaux et d’apprécier la beauté de la vie, conscient de ses défauts et de ses potentialités, conscient du don d’avoir été choisi.

c) Un domaine particulièrement digne d’attention, aujourd’hui plus qu’hier est le secteur affectif et sexuel. (111) Il est important que le jeune manifeste les dispositions nécessaires pour acquérir les deux certitudes qui rendent la personne libre sur le plan affectif, c’est-à-dire la certitude qui vient de l’expérience d’avoir déjà été aimé et la certitude, toujours acquise par l’expérience, de se savoir aimé. Concrètement, le jeune devrait faire preuve d’un équilibre humain qui lui permette de savoir rester debout tout seul; il devrait posséder une assurance et une autonomie qui lui facilitent les rapports sociaux et l’amitié cordiale, ainsi qu’un sens de responsabilité qui lui permette de vivre les rapports sociaux en adulte, libre de donner et de recevoir.

d) En ce qui concerne les inconsistances, toujours dans le domaine affectif et sexuel, un discernement circonspect devrait tenir compte du caractère central de ce domaine dans l’évolution générale du jeune et dans la culture (ou sous-culture) actuelle. Il n’est pas si étrange ou si rare que le jeune manifeste des faiblesses spécifiques dans ce secteur.

A quelles conditions peut-on accueillir prudemment la requête de vocation de jeunes présentant ce type de problèmes? La condition est de rencontrer en même temps chez lui trois autres qualités:
1) Que le jeune soit conscient de la racine de son problème, qui très souvent n’est pas sexuel à l’origine.
2) La seconde condition est que le jeune ressente sa faiblesse comme un corps étranger à sa personnalité, comme quelque chose qu’il ne voudrait pas, qui jure avec son idéal et contre lequel il lutte de toutes ses forces.
3) Enfin, il est important de vérifier si le sujet est en mesure de contrôler cette faiblesse, en vue de la dépasser, soit parce que, de fait, il tombe moins souvent, soit parce que ces inclinations perturbent de moins en moins sa vie (notamment psychique) et lui permettent d’accomplir ses devoirs normaux sans créer de tension excessive ni occuper indûment son attention. (112) Ces trois critères doivent tous êtres présents pour permettre un discernement positif.

e) Enfin, la maturité d’une vocation est déterminée par un élément essentiel qui donne véritablement son sens à tout: l’acte de foi. L’option vocationnelle authentique est de tout point de vue l’expression d’une adhésion de foi, et est d’autant plus authentique qu’elle fait partie et constitue l’épilogue d’un cheminement de formation vers la maturité de la foi. A l’intérieur de la logique qui fait une place au mystère, l’acte de foi représente précisément le point central qui permet de maintenir un équilibre entre les polarités parfois opposées de la vie, éternellement en tension entre la certitude de l’appel et la conscience de son inaptitude, entre la sensation de se perdre et de se trouver, entre la grandeur des aspirations et la pesanteur des limites, entre la grâce et la nature,entre Dieu qui appel et l’homme qui répond. Le jeune authentiquement appelé devrait faire preuve de la solidité de l’acte de foi en parvenant à vivre de manière équilibrée avec ces différents pôles d’attraction.

Source: Vaticano



Tu as dix-sept ans, vingt ans, vingt-cinq ans, plus peut-être.
Tu es étudiant, étudiante, ou bien tu as déjà un métier et tu travailles depuis quelques années. Pourtant tu n’es pas définitivement fixé dans la vie. Tu t’interroges sur ton avenir

Tu es chrétien, tu cherches à vivre ta foi de ton mieux, tu appartiens à une communauté dans laquelle tu partages l’eucharistie, tu participes peut-être à un groupe de prière ou à une équipe de révision de vie.

Quand tu envisages ton avenir, les mots de service ou de consécration te viennent assez spontanément à l’esprit. Mais comment servir ? A quoi, à qui te consacrer ? Tu ne sais pas bien. Vas-tu achever tes études, entrer dans la vie professionnelle, vas-tu continuer d’exercer ton métier, te marier, vivre une vie de laïc chrétien engagé, prendre des responsabilités dans ta paroisse ? Peut-être. Cette perspective t’apparaît bonne, normale ; tu es sûr que tu pourras t’y épanouir.

Pourtant, un jour, l’idée de servir autrement s’est présentée à toi. Au début, tu l’as peut-être écartée, comme une idée sans consistance. Prêtre, moi ? Religieux ? Religieuse ? Laïc consacré ? Non, ce n’est pas fait pour moi. Mais l’idée t’a poursuivi. Tu t’y es accoutumé. Tu t’es dit pourquoi pas ?

Et donc te voilà dans l’expectative. De temps en temps, tu penches d’un côté et quelques jours après, tu penches de l’autre. Les raisons pour et les raisons contre s’entremèlent. Comment savoir à quoi Dieu t’appelle ?

Ton expérience est peut-être différente : un jour, le désir de consacrer ta vie dans le sacerdoce ou dans la vie religieuse s’est imposé à toi nettement, clairement. Tu penses sincérement que le Seigneur te demande de tout quitter. Mais il t’arrive quand même de te demander si tu ne te trompes pas. Tu sais bien qu’on ne peut pas régler seul une affaire de cette importance. Comment faire pour t’assurer que tu t’es bien engagé dans le bon chemin ?

Tu es responsable de ta vie. N’hésite pas à t’y engager, mais cesse de la posséder et tiens-toi à l’écoute.

D’abord, ne te presse pas trop. Ne mets pas le Seigneur en demeure de te répondre tout de suite. Ne cherche pas à le contraindre, il se déroberait. Quelle que soit la direction qu’il t’indiquera un jour, il t’appelle aujourd’hui à partir avec lui sur la route. Tu ne sais pas exactement combien de temps va durer ta recherche. Tu voudrais que les choses soient réglées très vite. Ce sera peut-être le cas, mais tu n’en sais rien. Tu crains de perdre ton temps ? Rassure-toi, ce temps de recherche est au contraire un temps précieux, riche d’expérience. Il y a une chose au moins dont tu es sûr : le Seigneur marche avec toi. Tout au long de la route, il veut te dépouiller de toi-même et se révéler à toi. Il a le temps, Lui. Il est patient.

Ne sois pas étonné des obscurités, des combats que tu dois mener, des longues hésitations dont tu as parfois l’impression de ne pas pouvoir sortir. On n’édifie pas sa vie sans peine, sans rencontrer des obstacles, des difficultés. N’attends pas sans rien faire que la lumière te vienne d’en-haut, tout à coup. Tu pourrais attendre longtemps. Vis de ton mieux la vie que Dieu te donne aujourd’hui, avec ses questions et ses luttes. C’est là qu’Il te parle. Tu veux la lumière : ne reste pas au bord du chemin à regarder les autres passer. Le Seigneur fait appel à ta liberté. Il te dit : “Si tu veux être mon disciple…”

Il attend que tu t’ouvres à sa Parole et que tu lui fasses confiance. Car le plus grand risque que tu cours, c’est d’être propriétaire de ta vie, de ton projet, de ta vocation. Es-tu prêt à écouter ces paroles du Seigneur : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis” ? Remets-toi entre ses mains, abandonne-lui ton avenir ; sinon il ne pourra pas te conduire, tu ne serais pas assez disponible. Tu dis “je veux” avec beaucoup d’élan et de générosité, mais il faut que ton désir devienne réponse à son appel. A ton tour, dis-lui “Si tu le veux, Seigneur.”

Se rendre prêt à faire ce que le Seigneur veut est une entreprise difficile. Bien des obstacles se dressent entre nous, plus ou moins subtils. En particulier, nous craignons de perdre la maîtrise de notre vie à laquelle nous tenons tant, nous avons peur de ne plus être responsables de nos décisions. Et pourtant tu verras : si tu peux dire au Seigneur “Oui Seigneur, je veux ce que tu veux”, tu seras étonnamment libre.

Et si tu ne comprends pas tout de suite comment on peut être à la fois responsable et non-propriétaire, libre et disponible entre les mains de Dieu, ne t’étonne pas. Ce n’est pas un problème à résoudre. C’est une expérience à faire. Laisse au Seigneur le temps de t’y conduire.

Laisse-toi aimer par le Seigneur et vis à fond ta vie chrétienne.

Tu veux savoir ce que tu vas devenir, mais le Seigneur te fera vite découvrir que c’est Lui qui est le plus important ; tu étais tenté de penser d’abord à toi et voici qu’il t’invite à penser à lui. Tu vas mieux comprendre qu’il t’aime d’un amour unique ; ton premier vrai travail est de te laisser aimer par lui.

Prends le chemin de la prière ; tu connais déjà ce chemin ? Prends-le de façon plus régulière, plus continue. Tu vas découvrir le visage du Seigneur en écoutant sa Parole. Il t’apprendra peu à peu à fonder sa vie sur lui. Il te comblera de joie.

Si tu as fait cette expérience, tu sais déjà combien le Seigneur ouvre le cœur auquel il se révèle. Quand l’Évangile résonne en toi, tu as envie de le mettre en pratique. Tu as envie d’annoncer ce Christ que tu découvres. Ta vocation n’est pas pour toi, elle est pour les autres, particulièrement pour ceux qui ne croient pas, pour ceux qui n’ont pas découvert le visage du Christ. Celui qui cherche sa vocation entre dans la mission de l’Église. Dire Jésus-Christ est l’objectif de toute vie chrétienne. C’est dans cette dynamique que tu dois entrer.

Aussi, fais attention lorsque tu te demandes “Où vais-je m’épanouir le mieux, où serai-je le plus à l’aise ?” Ta question est légitime. Mais à trop te regarder, tu pourrais te rechercher toi-même. Quand tu auras trouvé le sens de l’appel que entends, tu seras vraiment heureux car tu seras donné au Seigneur et aux autres au mieux de tes possibilités. D’ailleurs, dès aujourd’hui, même si tu es dans l’incertitude, n’es-tu pas heureux de connaître le Seigneur et de le faire connaître ?

Accueille sans réserve la vie du Seigneur en toi. Ton goût du service, ta générosité, ton désir de témoigner, voici que tu prends conscience qu’ils viennent d’un Autre, du plus intime du cœur de Dieu. C’est son Esprit qu’il te communique. C’est bien toi qui agis et qui parles, et pourtant tu as la certitude qu’il agit et qu’il parle en toi. Peut-être même as-tu compris, ne serait-ce que de manière furtive, comme une réalité merveilleuse, cette parole de saint Paul : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.”

Chercher ta route va donc t’aider à devenir meilleur chrétien. Et si tu sens croître en toi le goût de Dieu et le goût du témoignage, c’est le signe que ta recherche est droite et ajustée au désir de Dieu.

Ta vocation est une vocation dans l’Église et pour l’Église.

N’oublie surtout pas qu’un chrétien est un membre de l’Église. Quand tu cherches ce que le Seigneur attend de toi, c’est ta place dans l’Église que tu cherches. Saint Paul compare l’Église à un corps dont les membres sont articulés entre eux et dont le Christ est la tête, c’est-à-dire la source de la vie qui s’écoule dans les membres. Il la compare aussi à une construction dont les pierres sont ajustées les unes aux autres et dont le Christ est la pierre angulaire qui tient l’ensemble de l’édifice. Tu as peut-être déjà expérimenté combien le partage, la prière avec d’autres sont essentiels à ta vie chrétienne. Tu es membre du peuple de Dieu. Tu as beaucoup reçu de lui. Il t’a engendré à la foi. C’est en lui et avec les autres chrétiens que tu te nourris de la Parole et du Pain. Comment vas-tu te mettre à son service ?

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© oeuvre des vocations
Ta place n’y est pas marquée d’avance comme une case dans laquelle tu n’aurais plus qu’à t’insérer ; chercher sa vocation, ce n’est pas déchiffrer ce qui serait déjà écrit. Ton avenir, le Seigneur t’invite à le faire avec lui, à travers les événements de ta vie, les multiples décisions que tu prends au jour le jour. Tu en es responsable. Fais fructifier les talents que tu as reçus ; mets-les au service des autres. Et rends-toi disponible. Le Seigneur t’apprendra peu à peu à reconnaître son appel.

Sois convaincu que, dans l’Église, toutes les vocations sont belles. On ne prend pas tel ou tel chemin par mépris des autres chemins, mais parce que Dieu nous appelle sur celui-là et non pas sur tel autre. Il faut des prêtres pour rassembler l’Église au nom du Christ-Pasteur et pour communiquer sa vie. Il faut des religieux, des religieuses, pour être témoins de l’avenir auquel Dieu appelle le monde, pour signifier que son amour saisit chacun au plus intime de lui-même, au point d’entraîner des renoncements surprenants aux yeux des hommes. Il faut des laïcs chrétiens pour montrer que l’Évangile peut transformer le monde et que l’amour du Seigneur peut être vécu à travers la vie du couple, la vie professionnelle, les engagements humains.

Ces trois vocations sont complémentaires dans l’Église. Que serions-nous les uns sans les autres ? Si tu comprends cela, tu vois bien que ta vocation, quelle qu’elle soit, est une vocation pour les autres, pour l’Église.

Si tu es un membre parmi d’autres, une pierre parmi d’autres, les autres membres et les autres pierres ont quelque chose à te dire par rapport à ta vocation. Écoute-les.

Tu as une responsabilité envers eux ; ils ont aussi une responsabilité envers toi. Si tu veux être prêtre, religieux, religieuse, c’est l’Église qui, finalement, te dira si tu peux l’être. C’est elle qui sera la voix du Seigneur. Car le Seigneur qui te parle au cœur te parle aussi par l’Église.

Dans l’Église, tu trouveras des interlocuteurs.

Si tu cherches à quoi Dieu t’appelle, il est nécessaire que tu parles avec quelqu’un qui puisse t’aider à voir clair dans ta vie ; adresse-toi à une personne en qui tu aies confiance : un prêtre, un religieux, une religieuse, un laïc formé à l’accompagnement. Il te faut quelqu’un dont l’expérience de foi te permette de comprendre ta propre expérience. Il ne choisira pas à ta place. Il ne sera pas non plus un devin qui verrait ce que tu ne vois pas. Mais par son écoute, par son respect de ta liberté, par sa parole discrète, il t’aidera à discerner l’essentiel de l’accessoire, à relier les éléments de ta vie qui te paraissent éparpillés, à faire des choix libres.

Cet accompagnateur sera pour toi un témoin de l’Église. Bien sûr, tu ne parleras pas seulement avec lui. Tu dialogueras aussi avec le responsable des vocations de ton diocèse. Un jour, en effet, tu sentiras le besoin de confier plus ouvertement à l’Église ton désir. Ta question ne te concerne pas toi seul, elle concerne aussi l’Église. Et l’Église t’accueillera et t’aidera. N’aie pas peur d’être “embarqué”, “récupéré”. Ta liberté sera respectée. Pour l’Église comme pour toi, bien sûr, il s’agit de faire la volonté du Seigneur.

Le responsable des vocations te donnera l’occasion de partager avec d’autres jeunes qui se posent la même question que toi. Vous pourrez ainsi vous aider les uns les autres, progresser ensemble dans l’amour du Seigneur et la recherche de sa volonté.

Relis ta propre histoire : le Seigneur y a laissé sa trace.

A travers ces multiples rencontres et dialogues, tu seras provoqué à relire ton histoire. Essaie de la comprendre ; c’est dans cette histoire que le Seigneur te parle, c’est en elle qu’il trace le chemin sur lequel il te conduit. Ton histoire, c’est tout ce que tu as reçu et tout ce que tu vis aujourd’hui, dans ta famille, parmi tes amis, dans ton milieu étudiant ou de travail, ou encore les événements qui t’ont marqué, les lignes continues et les changements brusques, les périodes où il ne se passe rien et celles où les événements affluent.

En essayant de relire ainsi ta vie, tu te comprendras mieux toi-même, et surtout tu discerneras mieux l’action du Seigneur en toi.

Car ton histoire est une histoire avec Dieu : même si tu n’en as pas toujours été conscient, il était avec toi. Cherche sa trace : tu es solidaire de beaucoup de personnes avec qui tu as vécu, travaillé ; as-tu entendu leur appel ? Comment est-ce qu’il retentit en toi aujourd’hui ? A quoi est-ce qu’il t’invite ?… Tu as construit ta propre vie d’homme ou de femme. Tu as fait des études, tu as acquis un métier. Maintenant, qu’est-ce que cela signifie pour toi ? Le Seigneur ne te demande pas de les renier même si, peut-être, il te demande d’y renoncer… Depuis longtemps peut-être, tu as pris des responsabilités dans ta paroisse. Quelle attitude a été la tienne au milieu des autres ? A-t-elle évolué ? A travers cette évolution, quel appel se dessine ?

Ce sont ces questions et bien d’autres que tu te poseras tout en continuant à vivre et à essayer de comprendre ce que tu vis.

Beaucoup de gens ne croient pas spontanément que Dieu leur parle ainsi à travers ce qu’ils vivent. Ils pensent que leur avenir est inscrit dans les cieux comme une destinée fatale. Ils veulent découvrir ce que Dieu sait et ils s’étonnent de rester si longtemps dans l’incertitude. Pourquoi ce qui est déjà établi leur reste-t-il ainsi caché ? Et quel est donc ce Dieu qui refuse de dire ce qu’il sait et qui nous laisse ainsi dans l’angoisse ?

C’est vrai que Dieu nous connaît aujourd’hui et demain. Mais notre avenir, Il nous le révèle en l’accomplissant avec nous, chaque jour un peu plus. C’est en nous ouvrant peu à peu à sa Parole, en vivant de sa vie, que s’éveille en nous doucement, souvent à travers luttes et souffrances, la liberté docile à son Esprit et qui, un jour, dira oui à son appel.

Quand le Seigneur fait signe…

A quoi le reconnaîtrons-nous alors ? A plusieurs signes qu’il faudra toujours tenir ensemble : un désir qui dure, car notre Dieu est le Dieu de la fidélité ; une joie profonde, paisible, qui est la joie de se donner, qui nous ouvre aux autres, car notre Dieu est le Dieu de la joie et de la paix et parce qu’il trouve lui-même sa joie à se donner ; les fruits produits dans notre vie chrétienne, car notre Dieu accomplit lui-même ce qu’il dit, et tout désir qui ne porterait aucun fruit serait un rêve ; enfin l’appel de l’Église qui te fera signe au nom du Christ.

Avant ce choix qui orientera ta vie et qui sera en même temps réponse à l’appel du Seigneur, tu auras à faire d’autres choix, plus limités ; ils te conduiront au choix définitif. Ne les méprise surtout pas. Ils sont des étapes nécessaires. Ils ne te livreront pas d’emblée la clef de ton avenir. Et pourtant ils la détiennent, car le Seigneur t’éclairera dans la mesure où tu lui feras confiance, chaque jour, à chaque étape.

Et même si la route aujourd’hui te paraît obscure, la découverte du Seigneur vaut bien le prix de ta recherche.

Le Père Pitaud, ancien supérieur du séminaire des Carmes est actuellement supérieur provincial
Source: www.mavocation.org



Cela vaut-il effectivement la peine de parier sa vie sur le Christ ? La vie des béatitudes est-elle une vie adaptée à l’homme du troisième millénaire ? A cette question d’un jeune prêtre qui chemine avec les jeunes, le Saint-Père Benoît XVI répond : “Choisis la vie !”

Nous savons tous combien il est difficile pour un jeune de vivre aujourd’hui en chrétien. Le contexte culturel, le contexte médiatique, offre tout sauf la route vers le Christ. C’est comme s’il empêchait de voir le Christ comme centre de la vie et de vivre sa vie comme Jésus nous l’indique. Cependant, il me semble également que beaucoup ressentent toujours plus fortement l’insuffisance de toutes ces offres, de ce style de vie qui, à la fin, nous laisse vides.

Tu as devant toi la mort et la vie : choisis la vie

En ce sens, il me semble justement que la lecture de la liturgie d’aujourd’hui, celle du Deutéronome (30, 15-20) et l’extrait de l’évangile de Luc (9, 22-25), répondent à ce que, en substance, nous devrions dire aux jeunes et nous répéter toujours à nous-mêmes. La sincérité est fondamentale. Les jeunes doivent sentir que nous ne disons pas des paroles que nous n’avons pas nous-mêmes vécues, mais que nous parlons parce que nous avons trouvé et que nous essayons de retrouver chaque jour la vérité en tant que vérité pour notre vie. Ce n’est que si nous sommes sur cette voie, si nous essayons de ressembler nous-mêmes à cette vie et de faire ressembler notre vie à celle du Seigneur, que nos paroles pourront être crédibles et avoir une logique visible et convaincante. Je le répète : c’est aujourd’hui la grande règle fondamentale, non seulement pour le Carême mais pour toute la vie chrétienne : choisis la vie. Tu as devant toi la mort et la vie : choisis la vie. La réponse me semble être toute naturelle. Très peu de personnes nourrissent au fond d’elles-mêmes une volonté de destruction, de mort, au point de ne plus vouloir être, vivre, parce que tout est contradiction pour eux. Malheureusement, on parle d’un phénomène qui prend de l’ampleur. Avec toutes ses contradictions, ses fausses promesses, la vie apparaît finalement contradictoire, elle n’est plus un don mais une condamnation et c’est pour cela que certains veulent davantage la mort que la vie. Mais normalement l’homme répond : oui, je veux la vie.

Comment choisir la vie ?

Mais reste à savoir comment trouver la vie, que choisir et comment choisir la vie. Et les offres qui sont normalement faites, nous les connaissons : aller en discothèque, prendre tout ce qu’il est possible de prendre, considérer la liberté comme la possibilité de faire tout ce que l’on veut, tout ce qui nous vient à l’esprit dans l’instant. Mais nous savons en revanche – et nous pouvons le montrer – que cette route est une route de mensonge car on y trouve à la fin non la vie mais réellement l’abysse du rien. Choisis la vie. Cette lecture dit : Dieu est ta vie, tu as choisi la vie et tu as fait ton choix : Dieu. Cela me semble fondamental. Ce n’est qu’ainsi que notre horizon est suffisamment large et que nous sommes à la source de la vie, qui est plus forte que la mort, que toutes les menaces de mort. Le choix fondamental est donc celui qui est indiqué ici : Dieu. Il faut comprendre que celui qui va sur la route sans Dieu se retrouve à la fin dans l’obscurité, même s’il peut y avoir des moments dans lesquels il nous semble avoir trouvé la vie.

Comment choisir Dieu ?

Puis il y a un autre pas à faire : comment trouver Dieu, comment choisir Dieu. Nous arrivons ici à l’Evangile : Dieu n’est pas un inconnu, une hypothèse probable de la naissance de l’univers. Dieu est fait de chair et d’os. Il est un des nôtres. Nous le connaissons avec son visage, par son nom. C’est Jésus Christ qui nous parle dans l’Evangile. Il est homme et Il est Dieu. Et parce qu’Il est Dieu, il a choisi l’homme pour nous permettre de choisir Dieu. Il faut donc entrer dans la connaissance puis dans l’amitié de Jésus pour faire route avec lui.

Il me semble que ceci est le point fondamental dans notre soin pastoral pour les jeunes, pour tous mais surtout pour les jeunes : attirer leur attention sur le choix de Dieu, qui est la vie ; sur le fait que Dieu existe. Et qu’il existe de façon très concrète. Et enseigner l’amitié avec Jésus Christ.

Choisir de vivre selon Sa Parole

Il y a également un troisième pas. Cette amitié avec Jésus n’est pas une amitié avec une personne irréelle, avec quelqu’un qui appartient au passé ou qui est éloigné des hommes, à la droite de Dieu. Il est présent dans son corps, qui est encore un corps en chair et en os : c’est l’Eglise, la communion de l’Eglise. Nous devons construire et rendre plus accessibles des communautés qui reflètent, qui sont le miroir de la grande communauté de l’Eglise vivante. C’est tout un ensemble : l’expérience vivante de la communauté, avec toutes ses faiblesses humaines, mais néanmoins réelles, avec une route claire, et une solide vie sacramentelle, dans laquelle nous pouvons aussi toucher ce qui peut nous sembler si éloigné, la présence du Seigneur. De cette façon, nous pouvons également apprendre les commandements – pour retourner au Deutéronome, duquel je suis parti. Parce que sa lecture nous dit : choisir Dieu signifie choisir selon Sa Parole, vivre selon Sa Parole. Cela peut un instant nous apparaître un peu positiviste, voire des impératifs. Mais la première chose, c’est le don : son amitié. Ensuite, nous comprendrons que les panneaux sur le bord de la route sont des explications de la réalité de cette amitié.

Cela est, disons, une vision générale, qui jaillit du contact avec les Saintes Ecritures et avec la vie de l’Eglise de tous les jours. Puis celle-ci se traduit pas à pas dans les rencontres concrètes avec les jeunes : les conduire au dialogue avec Jésus dans la prière, dans la lecture des Saintes Ecritures – surtout la lecture en commun mais aussi la lecture personnelle – et dans la vie sacramentelle. Ce sont tous des pas à faire pour rendre ces expériences présentes dans la vie professionnelle, même si le contexte est souvent marqué par l’absence totale de Dieu et même s’il semble impossible qu’il y soit présent. Mais c’est alors justement à travers notre vie et notre expérience de Dieu que nous devons essayer de faire entrer la présence du Christ aussi dans ce monde éloigné de Dieu.

La soif de Dieu existe. J’ai eu récemment la visite ad limina d’évêques d’un pays où plus de cinquante pour cent des personnes se déclarent athées ou agnostiques. Mais ils m’ont dit : en réalité, ils ont tous soif de Dieu. Cette soif existe de façon cachée. Aussi commençons-nous d’abord avec les jeunes que nous pouvons rencontrer, formons des communautés dans lesquelles se reflète l’Eglise, apprenons l’amitié avec Jésus. Ainsi remplis de cette joie et de cette expérience, nous pourrons aussi rendre Dieu présent dans notre monde.

© Copyright du texte original en italien : Libreria Editrice Vaticana Traduction réalisée par ZENIT.org



(Message de Sa Sainteté Benoît XVI pour la XLV Journée Mondiale de Prière pour les vocations – 13 avril 2008)

Chers frères et sœurs !
2. Les promesses faites à nos Pères se réalisèrent pleinement en Jésus Christ. À ce sujet, le Concile Vatican II affirme : «Le Fils est donc venu, envoyé par le Père qui nous a élus en lui avant la création du monde et nous a prédestinés à l’adoption filiale… C’est pourquoi le Christ, pour accomplir la volonté du Père, a inauguré sur terre le Royaume des cieux, et nous a révélé son mystère et, par son obéissance, a effectué la Rédemption» (Const. dogm. Lumen gentium, n. 3). Et, comme proches collaborateurs dans son ministère messianique, Jésus se choisit des disciples, dès sa vie publique, pendant sa prédication en Galilée. Par exemple, lors de la multiplication des pains, quand il dit à ses Apôtres : «Donnez-leur vous-même à manger» (Mt 14, 16), les incitant ainsi à prendre en charge les besoins des foules, auxquelles il voulait offrir la nourriture pour les rassasier, mais aussi pour leur révéler la nourriture «qui se garde jusque dans la vie éternelle» (Jn 6, 27). Il était saisi de compassion pour les hommes, parce qu’en parcourant les villes et les villages, il rencontrait des foules fatiguées et abattues, «comme des brebis sans berger» (cf. Mt 9, 36). De ce regard d’amour jaillissait son invitation aux disciples : «Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson» (Mt 9, 38), et il envoya les Douze d’abord «aux brebis perdues de la maison d’Israël», avec des instructions précises. Si nous nous arrêtons pour méditer cette page de l’Évangile de Matthieu, que l’on appelle habituellement «le discours missionnaire», nous relevons tous les aspects qui caractérisent l’activité missionnaire d’une communauté chrétienne qui veut rester fidèle à l’exemple et à l’enseignement de Jésus. Correspondre à l’appel du Seigneur nécessite d’affronter, avec prudence et simplicité, tout danger et même les persécutions, puisque «le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur» (Mt 10, 24). Devenus un avec le Maître, les disciples ne sont plus seuls à annoncer le Royaume des cieux, mais c’est Jésus lui-même qui agit en eux : «Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé» (Mt 10, 40). Et en outre, comme véritables témoins, «revêtus d’une force venue d’en-haut» (Lc 24, 49), ils prêchent «la conversion et le pardon des péchés» (Lc 24, 47) à toutes les nations.

3. C’est précisément parce qu’ils sont envoyés par le Seigneur que les Douze prennent le nom d’”apôtres”, destinés à parcourir les routes du monde en annonçant l’Évangile comme témoins de la mort et de la résurrection du Christ. Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : «Nous – c’est-à-dire les Apôtres – nous proclamons un Messie crucifié» (1 Co 1, 23). Dans ce processus d’évangélisation, le livre des Actes des Apôtres attribue aussi un rôle très important à d’autres disciples, dont la vocation missionnaire provient de circonstances providentielles, parfois douloureuses, comme l’expulsion de leur terre en tant qu’adeptes de Jésus (cf. 8, 1-4). L’Esprit Saint permet de transformer cette épreuve en occasion de grâce et d’en tirer profit pour que le nom du Seigneur soit annoncé à d’autres peuples et qu’ainsi s’élargisse le cercle de la Communauté chrétienne. Il s’agit d’hommes et de femmes qui, comme l’écrit Luc dans le livre des Actes, «ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur Jésus Christ» (15, 26). Le premier de tous, appelé par le Seigneur lui-même à être un véritable Apôtre, est certainement Paul de Tarse. L’histoire de Paul, le plus grand missionnaire de tous les temps, fait émerger, sous de multiples points de vue, le lien entre vocation et mission. Accusé par ses adversaires de ne pas être autorisé à l’apostolat, il fait maintes fois appel à la vocation qu’il a reçue directement du Seigneur (cf. Rm 1, 1 ; Ga 1, 11-12.15-17).

4. Au début, comme par la suite, c’est toujours «l’amour du Christ» qui «pousse» les Apôtres (cf. 2 Co 5, 14). En fidèles serviteurs de l’Église, dociles à l’action de l’Esprit Saint, d’innombrables missionnaires ont suivi les traces des premiers disciples au long des siècles. Le Concile Vatican II fait remarquer : «Bien qu’à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi, le Christ Seigneur ne cesse cependant d’appeler parmi ses disciples ceux qu’il veut pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher aux peuples païens (cf. Mc 3, 13-15)» (Décr. Ad gentes, n. 23). En effet, l’amour du Christ est communiqué à nos frères par l’exemple et par la parole, et par toute l’existence. «La vocation spéciale des missionnaires ad vitam – selon les paroles de mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II – conserve toute sa valeur : elle est le paradigme de l’engagement missionnaire de l’Église, qui a toujours besoin que certains se donnent radicalement et totalement, qui a toujours besoin d’élans nouveaux et audacieux» (Enc. Redemptoris missio, n. 66).

5. Parmi les personnes qui se dévouent totalement au service de l’Évangile, on trouve en particulier les prêtres. Ils sont appelés à dispenser la Parole de Dieu, à administrer les sacrements, spécialement l’Eucharistie et la Réconciliation, dévoués au service des plus petits, des malades, des pauvres, des personnes qui souffrent et de celles qui traversent des moments difficiles dans des régions de la terre où il y a parfois des multitudes qui, aujourd’hui encore, n’ont pas véritablement rencontré Jésus Christ. Les missionnaires leur apportent la première annonce de son amour rédempteur. Les statistiques montrent que le nombre des baptisés augmente chaque année grâce à l’activité pastorale de ces prêtres, entièrement consacrés au salut de leurs frères. Dans cet esprit, il faut remercier tout spécialement les «prêtres fidei donum, qui, avec compétence et généreux dévouement, construisent la communauté en lui annonçant la Parole de Dieu et en lui partageant le Pain de la vie, sans épargner leurs forces dans le service de la mission de l’Église. Il faut remercier Dieu pour les nombreux prêtres qui ont souffert jusqu’au sacrifice de leur vie pour servir le Christ… Il s’agit de témoignages émouvants qui peuvent inspirer beaucoup de jeunes à suivre à leur tour le Christ et à donner leur vie pour les autres, trouvant ainsi la vie véritable» (Exhort. ap. Sacramentum caritatis, n. 26). À travers ses prêtres, Jésus se rend donc présent parmi les hommes d’aujourd’hui, jusque dans les lieux les plus reculés de la terre.

6. Dans l’Église, il y a aussi depuis toujours beaucoup d’hommes et de femmes qui, poussés par l’action de l’Esprit Saint, choisissent de vivre l’Évangile d’une manière radicale, professant les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Cette multitude de religieux et de religieuses, appartenant à d’innombrables Instituts de vie contemplative et active, a encore «une très grande part dans l’évangélisation du monde» (Décr. Ad gentes, n. 40). Par leur prière permanente et communautaire, les religieux de vie contemplative intercèdent sans cesse pour toute l’humanité ; les religieux de vie active, par leurs multiples formes d’action caritative, apportent à tous le témoignage vivant de l’amour et de la miséricorde de Dieu. À propos de ces apôtres de notre temps, le Serviteur de Dieu Paul VI tint à dire : «Grâce à leur consécration religieuse, ils sont par excellence volontaires et libres pour tout quitter et aller annoncer l’Évangile jusqu’aux confins du monde. Ils sont entreprenants, et leur apostolat est marqué souvent par une originalité, un génie qui forcent l’admiration. Ils sont généreux : on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur santé et leur propre vie. Oui, vraiment, l’Église leur doit beaucoup» (Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, n. 69).

7. De plus, pour que l’Église puisse continuer à accomplir la mission qui lui a été confiée par le Christ et qu’il y ait toujours les évangélisateurs dont le monde a besoin, il est nécessaire que l’on ne néglige jamais dans les communautés chrétiennes une constante éducation à la foi des enfants et des adultes ; il est nécessaire de maintenir vivant chez les fidèles un sens actif de la responsabilité missionnaire et de la participation solidaire avec les peuples de la terre. Le don de la foi appelle tous les chrétiens à coopérer à l’évangélisation. Cette conscience est nourrie par la prédication et la catéchèse, la liturgie et une continuelle formation à la prière ; elle grandit par l’exercice de l’accueil, de la charité, de l’accompagnement spirituel, de la réflexion et du discernement, ainsi que par un projet pastoral dont le souci des vocations fait intégralement partie.

8. C’est seulement dans un terrain spirituellement bien cultivé que fleurissent les vocations au sacerdoce ministériel et à la vie consacrée. En effet, les communautés chrétiennes, qui vivent intensément la dimension missionnaire du mystère de l’Église, ne seront jamais portées à se replier sur elles-mêmes. La mission, comme témoignage de l’amour divin, devient particulièrement efficace quand elle est partagée d’une manière communautaire, «afin que le monde croie» (cf. Jn 17, 21). Ce don des vocations, l’Église le demande chaque jour à l’Esprit Saint. Comme à ses débuts, recueillie autour de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, la Communauté ecclésiale apprend d’elle à implorer du Seigneur la floraison de nouveaux apôtres qui sachent vivre en eux la foi et l’amour qui sont nécessaires pour la mission.

9. Alors que je confie ces réflexions à toutes les Communautés ecclésiales, afin qu’elles se les approprient et surtout qu’elles s’en inspirent pour la prière, j’encourage l’engagement de tous ceux qui agissent avec foi et générosité au service des vocations et de grand cœur j’adresse aux formateurs, aux catéchistes et à tous, spécialement aux jeunes en chemin vocationnel, une particulière Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 3 décembre 2007.

BENEDICTUS PP. XVI



(Document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe)

11. Le Document de travail avait déjà fourni un cadre de la situation européenne concernant la problématique des vocations, fortement marqué par des éléments de nouveauté. Nous les résumons ici à grands traits, selon l’analyse qu’en a fait le Congrès, en cherchant à saisir les plus significatifs qui sont destinés à conditionner à long terme la mentalité et la sensibilité des jeunes et donc également les pratiques pastorales et les stratégies en matière de vocations.

a) Une Europe diversifiée et complexe
Avant tout, une donnée ressort avec évidence : il est pratiquement impossible de définir la situation européenne d’une manière statique et univoque sur le plan de la condition des jeunes et de ses inévitables conséquences sur les vocations. Nous nous trouvons devant une Europe diversifiée, rendue telle par les événements sociopolitiques (voir la différence entre l’Est et l’Ouest), mais aussi par la pluralité de ses traditions et de ses cultures (gréco-latine, anglo-saxonne et slave).
En même temps, celles-ci constituent sa richesse et rendent significatives, dans des contextes différents, ses expériences et ses choix. Ainsi, si la manière de gérer la liberté retrouvée constitue un problème sur le versant oriental, le versant occidental s’interroge quant à lui sur la façon de vivre la liberté authentique.
Cette hétérogénéité est également confirmée par la courbe des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, non seulement en raison de la différence très forte entre la floraison des vocations de l’Europe de l’Est et la crise générale dont souffre l’Occident, mais parce que, à l’intérieur même de cette crise, on relève aussi des signes de reprise des vocations, particulièrement dans les Eglises où un travail post-conciliaire assidu et constant a tracé un sillon profond et efficace.(5)
Donc, si à l’Est il est nécessaire d’engager une véritable pastorale organique au service de la promotion des vocations, de l’animation à la formation des vocations surtout, à l’Ouest une attention différente est indispensable. Nous devons nous interroger sur la consistance théologique réelle et sur la linéarité d’application de certains projets de vocation, sur le concept de vocation sur lequel ils reposent et sur le type de vocations qui en découlent. Une demande est revenue avec insistance lors du Congrès : « Pourquoi certaines théologies ou pratiques pastorales ne ‘produisent’ pas de vocations, tandis que d’autres en produisent? ».(6)
Un autre aspect caractérise l’actualité socio-culturelle européenne: l’excédent des possibilités, des occasions, des sollicitations, face au manque de concentration, de propositions et de projets. Nous avons affaire ici à un autre contraste qui augmente le degré de complexité de cette période de l’histoire, avec des retombées négatives sur le plan des vocations. Comme la Rome antique, l’Europe moderne ressemble à un panthéon, à un grand « temple » où toutes les « divinités » sont présentes ou dans lequel chaque « valeur » a sa place et sa niche.
Des « valeurs » différentes et contrastantes se mêlent et coexistent, sans une hiérarchie précise; des codes de lecture et d’évaluation, d’orientation et de comportement, tout à fait dissemblables entre eux.
Dans ce contexte, il apparaît difficile d’avoir une conception ou une vision unitaire du monde et la capacité de faire des projets de vie devient faible elle aussi. En effet, quand une culture ne définit plus ses possibilités suprêmes de sens ou ne parvient pas à créer une convergence autour de certaines valeurs particulièrement capables de donner un sens à la vie, mais place tout sur le même plan, toute possibilité de choix de projet tombe en désuétude et tout devient indifférent et plat.
b) Les jeunes et l’Europe
Les jeunes Européens vivent dans cette culture pluraliste et ambivalente, « polythéiste » et neutre. D’un côté, ils cherchent passionnément l’authenticité, l’affection, les rapports personnels, la grandeur d’horizons, mais, de l’autre, ils sont profondément seuls, « blessés » par le bien-être, déçus par les idéologies, perdus par la désorientation éthique.
Et encore: « Dans plusieurs secteurs du monde des jeunes, on relève une sympathie très claire pour la vie conçue comme valeur absolue, sacrée… »,(7) mais souvent, et dans de nombreuses parties de l’Europe, cette ouverture à l’égard de l’existence est démentie par des politiques qui ne respectent pas le droit à la vie, surtout celle des plus faibles. Des politiques qui risquent de rendre le « vieux continent » toujours plus vieux. Donc, si d’un côté ces jeunes représentent un capital remarquable pour l’Europe d’aujourd’hui — qui investit beaucoup sur eux pour construire son avenir — de l’autre côté les attentes des jeunes ne sont pas toujours accueillies d’une manière cohérente par le monde des adultes ou des responsables de la société civile.
Quoi qu’il en soit, deux aspects nous semblent capitaux pour comprendre l’attitude des jeunes d’aujourd’hui: la revendication de la subjectivité et le désir de liberté. Ce sont deux requêtes dignes d’attention et typiquement humaines. Souvent, cependant, dans une culture faible et complexe comme la nôtre, elles donnent lieu — en se rencontrant — à des combinaisons qui déforment leur sens: la subjectivité devient alors subjectivisme, tandis que la liberté dégénère en arbitraire.
Dans ce contexte, le rapport que les jeunes Européens établissent avec l’Eglise mérite une grande attention. Dans une de ses Propositions finales, le Congrès relève avec courage et réalisme que: « Souvent les jeunes ne considèrent pas l’Eglise comme l’objet de leur recherche et le lieu de leur demande et attente. On remarque que ce n’est pas Dieu qui pose problème, mais l’Eglise. L’Eglise a conscience de la difficulté de communiquer avec les jeunes, du manque de véritables projets pastoraux…, de la faiblesse théologico-anthropologique de certaines catéchèses. De nombreux jeunes ont encore peur qu’une expérience dans l’Eglise limite leur liberté »,(8) tandis que pour beaucoup d’autres l’Eglise reste ou devient le point de repère le plus qualifié.
c) « Homme sans vocation »
Ce jeu de contrastes se reflète inévitablement sur le plan de la conception du futur, qui est considéré — par les jeunes — dans une optique limitée à leurs propres vues, en fonction d’intérêts strictement personnels (la réalisation de soi).
C’est une logique qui réduit l’avenir au choix d’une profession, au bien-être économique ou à la satisfaction sentimentale et émotive, à l’intérieur d’horizons qui, de fait, réduisent le désir de liberté et les possibilités du sujet à des projets limités, avec l’illusion d’être libre.
Ces choix ne présentent aucune ouverture au mystère et à la transcendance ni même, peut-être, par rapport à leur responsabilité face à la vie, la leur et celle d’autrui, à la vie reçue en don et à engendrer chez les autres. En d’autres termes, il s’agit d’une sensibilité et d’une mentalité qui risquent de donner naissance à une sorte de culture anti-vocationnelle. Ce qui revient à dire que dans une Europe complexe du point de vue culturel et privée de points de repère précis, semblable à un grand panthéon, le modèle anthropologique dominant semble être celui de l’« homme sans vocation ».
En voici une description possible : « Une culture pluraliste et complexe tend à engendrer des jeunes caractérisés par une identité inachevée et faible entraînant une indécision chronique face à un choix de vocation. De nombreux jeunes ne possèdent même pas la « grammaire élémentaire » de l’existence; ce sont des nomades: ils circulent sans s’arrêter au niveau géographique, affectif, culturel et religieux; ils « tentent »! Au milieu de la grande quantité et diversité d’informations, mais avec une pauvreté de formation, ils semblent dispersés, avec peu de références et de points de repère. Voilà pourquoi ils ont peur de leur avenir, les choix définitifs les angoissent et ils s’interrogent sur leur être. Si, d’une part, ils cherchent l’autonomie et l’indépendance à tout prix, de l’autre, ils tendent à être très dépendants du milieu socio-culturel, comme un refuge, et à chercher la gratification immédiate des sens: de ce qui « me va », de ce qui « me fait sentir bien » dans un monde affectif fait sur mesure ».(9)
Il est très triste de rencontrer des jeunes, intelligents et doués, chez qui le désir de vivre, de croire en quelque chose, de tendre vers de grands objectifs, d’espérer dans un monde qui peut devenir meilleur, notamment grâce à leurs efforts, semble éteint. Ces jeunes semblent se sentir superflus dans le jeu ou dans le drame de la vie, démissionnant pratiquement face à elle, perdus le long des sentiers interrompus et adoptant le profil le plus bas de la tension vitale. Sans vocation, mais aussi sans avenir, ou avec un avenir qui, tout au plus, sera une photocopie du présent.
d) La vocation de l’Europe
Et pourtant, cette Europe aux nombreuses âmes et à la culture si faible (mais qui toutefois s’impose souvent avec force) qui manifeste des énergies insoupçonnées, est on ne peut plus vivante et appelée à jouer un rôle important sur la scène internationale.
Jamais autant qu’à notre époque le vieux continent, malgré ses blessures dues aux récents conflits et aux heurts parfois violents en son sein, n’a ressenti aussi fortement l’appel à l’unité. Une unité qu’il faut encore construire, bien que certains murs soient tombés, et qui devra s’étendre à toute l’Europe, ainsi qu’à ceux qui lui demandent accueil et hospitalité. Une unité qui ne pourra pas être seulement politique ou économique, mais aussi et avant tout spirituelle et morale. Une unité, encore, qui devra dépasser les vieilles rancoeurs et les anciennes méfiances et à laquelle ses racines chrétiennes primitives pourraient précisément fournir un motif de convergence et une garantie d’entente. Une unité, en particulier, qu’il reviendra aux jeunes de la génération actuelle de réaliser et de rendre complète et solide, de l’Ouest en Est, du Nord au Sud, en la défendant contre toute tentation d’isolement et de repli sur ses propres intérêts et en la proposant au monde entier comme exemple de coexistence sereine dans la diversité.

Source: Vaticano



(Le service de l’autorité et l’obéissance – Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique)


« Afin que, libérés, nous puissions le servir dans la sainteté et la justice » (cf. Lc 1,74-75)

4. Aux premiers disciples qui, peut-être encore indécis et hésitants, se mettent à la suite d’un nouveau Rabbi, le Seigneur demande: « Qui cherchez-vous? » (Jn 1,38). Dans cette question, nous pouvons lire d’autres questions radicales : que cherche ton cœur ? Pour quoi te tourmentes-tu? Te cherches-tu toi-même ou bien cherches-tu le Seigneur ton Dieu? Poursuis-tu tes désirs ou bien le désir de Celui qui a fait ton cœur et veut le réaliser comme il le sait et le connaît? Cours-tu uniquement après les choses qui passent ou bien cherches-tu Celui qui ne passe pas? « Seigneur Dieu, dans cette terre de dissemblance de quoi devons-nous nous occuper? Du lever au coucher du soleil je vois le genre humain en prise aux tourbillons de ce monde ; les uns recherchent les richesses, d’autres les honneurs, d’autres encore se laissent séduire par la renommée », observait saint Bernard.10


« C’est ta face, Seigneur, que je cherche» (Ps 26,8), telle est la réponse de qui a compris l’unicité et l’infinie grandeur du mystère de Dieu et la souveraineté de sa sainte volonté; mais c’est aussi la réponse, même implicite et confuse, de toute créature humaine en quête de vérité et de bonheur. Quaerere Deum a été de tout temps le programme de toute existence assoiffée d’absolu et d’éternité. Beaucoup ont tendance aujourd’hui à juger humiliante une quelconque forme de dépendance ; mais cela fait partie du statut même de créature d’être dépendant d’un Autre et, en tant qu’être en relation, d’être aussi dépendant des autres.

Le croyant cherche le Dieu vivant et vrai, le Commencement et la Fin de toute chose, le Dieu non pas fait à sa propre image et à sa propre ressemblance, mais le Dieu qui nous a faits à son image et à sa ressemblance, le Dieu qui manifeste sa volonté, qui indique les voies pour le rejoindre : « Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices » (Ps 15,11). Chercher la volonté de Dieu signifie chercher une volonté amie, bienveillante, qui veut notre réalisation, qui désire surtout la libre réponse d’amour à son amour, pour faire de nous des instruments de l’amour divin. C’est dans cette via amoris que s’épanouit la fleur de l’écoute et de l’obéissance.


L’obéissance comme écoute

5. « Écoute, mon fils » (Pr 1,8). L’obéissance est avant tout attitude filiale. C’est ce genre particulier d’écoute que seul le fils peut prêter à son père, parce qu’illuminé par la certitude que son père n’a que des choses bonnes à dire et à donner à son fils ; une écoute imprégnée de la confiance qui rend le fils accueillant à la volonté du père, assuré qu’elle sera pour son bien.

Cela est infiniment plus vrai quant il s’agit de Dieu. En effet, nous parvenons à notre plénitude uniquement dans la mesure où nous nous inscrivons dans le dessein par lequel il nous a conçus avec un amour de Père. L’obéissance est donc l’unique voie dont dispose la personne humaine, être intelligent et libre, pour se réaliser pleinement. En effet, quand elle dit “non” à Dieu, la personne humaine compromet le projet divin, se rabaisse elle-même et se voue à l’échec.


L’obéissance à Dieu est chemin de croissance et donc de liberté de la personne, parce qu’elle consent à accueillir un projet ou une volonté différente de la sienne qui non seulement n’humilie pas ou n’abaisse pas, mais fonde la dignité humaine. En même temps, la liberté est aussi en soi un chemin d’obéissance parce que c’est en obéissant comme un fils au projet du Père que le croyant réalise son être libre. Il est évident qu’une telle obéissance exige de se reconnaître comme fils et de se réjouir d’être fils, parce que seuls un fils et une fille peuvent se remettre librement dans les mains du Père, exactement comme le Fils-Jésus, qui s’est abandonné au Père. Et si dans sa Passion, il s’est aussi livré à Judas, aux grands prêtres, à ceux qui l’ont flagellé, à la foule hostile et à ceux qui l’ont crucifié, c’est parce qu’il était absolument certain que toute chose trouvait sa signification dans la fidélité totale au dessein de salut voulu par le Père, auquel – comme nous le rappelle saint Bernard – « ce ne fut pas la mort qui a plu, mais la volonté de celui qui mourait de son plein gré ».11


« Écoute, Israël »
(Dt 6,4)

6. Fils, pour le Seigneur Dieu, c’est Israël, le peuple qu’il s’est choisi, qu’il a engendré, qu’il a fait grandir en le tenant par la main, qu’il a porté jusqu’à son visage, à qui il a enseigné à marcher (cf. Os 11,1-4), à qui – comme très grande expression d’affection – il a adressé en permanence sa Parole, même si ce peuple ne l’a pas toujours écoutée, ou l’a vécue comme un poids, comme une « loi ». Tout l’Ancien Testament est une invitation à l’écoute, et l’écoute est une fonction de l’alliance nouvelle, quand, dit le Seigneur, « je mettrai mes lois dans leur pensée ; je les inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (He 8,10 ; cf. Jr 31,33).


À l’écoute suit l’obéissance comme réponse libre et libératrice du nouvel Israël à la proposition du nouveau pacte ; l’obéissance fait partie de la nouvelle alliance, plus encore elle en est la caractéristique distinctive. Il en résulte qu’elle peut être comprise en totalité uniquement au sein de la logique d’amour, d’intimité avec Dieu, d’appartenance définitive à Dieu qui rend finalement libres.


L’obéissance à la Parole de Dieu

7. La première obéissance de la créature est celle de venir à l’existence, en accomplissement du fiat divin qui l’appelle à être. Une telle obéissance atteint sa pleine expression dans la créature libre de se reconnaître et de s’accepter comme don du Créateur, de dire “oui” au fait que l’on vient de Dieu. De cette façon, elle accomplit le premier et véritable acte de liberté, qui est aussi le premier acte fondamental d’authentique obéissance.

L’obéissance de la personne croyante est aussi l’adhésion à la Parole par laquelle Dieu se révèle et se communique lui-même, et à travers laquelle il renouvelle chaque jour son alliance d’amour. De cette Parole a jailli la vie qui, chaque jour, continue à être transmise. C’est pourquoi, la personne croyante recherche chaque matin le contact vivant et constant avec la Parole qui en ce jour-là est proclamée, la méditant et la gardant dans son cœur comme un trésor, en en faisant la racine de toute action et le critère premier de tout choix. Et, à la fin de la journée, elle se replace devant cette Parole, louant Dieu comme Siméon pour avoir vu se réaliser la Parole éternelle dans les petits faits de son quotidien (cf. Lc 2,27-32), et s’en remettant à la force de la Parole pour ce qui demeure encore inachevé. En effet, la Parole n’agit pas uniquement de jour, mais toujours, comme l’enseigne le Seigneur dans la parabole du grain qui pousse tout seul (cf. Mc 4,26-27).


L’amoureuse fréquentation quotidienne de la Parole enseigne à découvrir les chemins de la vie et les modalités à travers lesquels Dieu veut libérer ses fils ; elle nourrit l’instinct spirituel pour les choses qui plaisent à Dieu ; elle transmet le sens et le goût de sa volonté ; elle donne la paix et la joie de lui rester fidèles, rendant sensibles et prêts à toutes les expressions de l’obéissance : à l’Évangile (Rm 10,6 ; 2 Th 1,8), à la foi (Rm 1,5 ; 16,26), à la vérité (Ga 5,7 ; 1 P 1,22).


Nous ne devons cependant pas oublier que l’expérience authentique de Dieu reste toujours expérience d’altérité. «Aussi grande que puisse être la ressemblance constatée entre le Créateur et la créature, la dissemblance est toujours plus grande entre eux ».12 Les mystiques et tous ceux qui ont goûté à l’intimité avec Dieu se souviennent que le contact avec le Mystère souverain est toujours contact avec l’Autre, avec une volonté qui parfois est dramatiquement différente de la nôtre. Obéir à Dieu signifie en fait entrer dans un ordre de valeurs “autre”, saisir un sens nouveau et différent de la réalité, faire l’expérience d’une liberté imprévisible, atteindre le seuil du mystère : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55,8-9).


Si cette entrée dans le monde de Dieu peut inspirer de la crainte, une telle expérience, à l’exemple des saints, peut montrer que ce qui pour l’homme est impossible est rendu possible par Dieu ; ainsi cette expérience devient obéissance authentique au Mystère d’un Dieu qui est, en même temps, « interior intimo meo » 13 et radicalement autre.

Source: Vaticano